vendredi 29 juin 2012

Interview de Jeff Sourdin (2)

Pour ceux et celles qui suivent régulièrement ce blog, je n'ai plus besoin de vous présenter Jeff Sourdin, l'auteur de Ripeur et de Clan des poissards. Il a très gentiment accepté de répondre à une seconde interview (la première se trouve ici) et je l'en remercie vivement !

Ripeur clan des poissards

1. Ce qui m’a beaucoup marqué et plu dans vos deux romans, c’est la richesse de votre écriture. Richesse de vocabulaire, jeux de mots, rimes et rythme… D’où vous vient cet amour des mots et plus largement de l’écriture ?

L’amour des mots et le désir d’écriture remontent à l’adolescence. Un besoin de fiction et d’évasion proche de ce que ressent mon personnage dans Ripeur lorsqu’il dit qu’on manque d’histoires… La fiction (cinéma et littérature) me nourrit, j’en ai besoin pour vivre. Ce qui est assez paradoxal, c’est que mes deux romans sont plutôt rivés au réel. Paul Auster est un auteur qui m’a donné envie d’écrire des histoires. En ce qui concerne l’écriture, c’est vrai je suis sensible à une certaine musicalité du texte, à un rythme fait de répétition de sons (allitérations et assonances). Ce qui m’intéresse, c’est qu’une phrase sonne juste et que les mots résonnent entre eux, se répondent pour créer des images.

2. Lorsque vous écrivez, avez-vous besoin de beaucoup travailler vos textes ou cela vous vient-il très naturellement ?

Besoin de beaucoup travailler… Il n’est pas rare que la version finale soit la dixième version du même passage. J’ai le sentiment d’être un artisan lorsque j’écris, je défais et refais énormément. Je donne la priorité au récit, à l’ossature du livre, j’avance l’histoire le plus loin possible en sachant très bien qu’ensuite j’aurai presque tout le texte à reprendre.

3. Les bibliothèques et les bibliothécaires occupent beaucoup de place dans vos deux romans. Quel utilisateur de bibliothèque êtes-vous ?

C’est vrai, c’est une très bonne observation. Je suis un usager fidèle des bibliothèques (actuellement celles de la ville de Paris) et j’ai toujours apprécié ces lieux de refuge. Cette relation s’est sans doute construite à l’enfance car, n’ayant pas beaucoup de livres à la maison, nous allions toutes les semaines à la bibliothèque de Fougères. Les bibliothèques ont aussi été très importantes lors de mes études, j’y ai passé beaucoup de temps à étudier, écrire, rêvasser… J’ai même travaillé une année aux emprunts à celle de la section STAPS de Rennes 2.

4. Le Clan des poissards est l’histoire d’une amitié entre quatre amis. Comment avez-vous créé ces personnages ?

Je n’ai pas le sentiment d’avoir créé grand-chose mais plutôt que les personnages sont venus à moi de leur propre initiative… Ils sont un mélange d’amis proches, de parts de moi et de fantasmes. Comme dans Ripeur, ce sont eux qui ont dicté l’histoire. Tout part d’eux.

5. L’histoire de la ville de Rennes occupe une place importante dans votre roman, comment avez-vous travaillé cet aspect de votre livre ?

D’abord par la mémoire, les lieux ou événements qui m’ont personnellement marqué (certaines enseignes, les résultats du Stade ou l’arrivée du métro par exemple), en me documentant et en effectuant des recherches pour ce que je ne connaissais pas (le quartier de la Poterie, les Champs-Libres…) et aussi par la discussion en interrogeant la mémoire de proches (la fac de Ker Lann, l’usine Citroën de La Janais…). Je voulais un mélange des genres, mêler la petite et la grande histoire, parler du Stade rennais et du cinéma l’Arvor, des jours de pluie et des nuits blanches, du périphérique et de la rue St-Michel tout en évoquant le passage à l’an 2000, le 11 septembre, l’euro, la crise boursière…

6. P 196, Trotski essaie de choisir 100 mots qu'il sauverait si la langue française venait à disparaître. Je n’irai pas jusqu’à vous demander la liste de vos 100 mots mais y en a-t-il que vous aimez particulièrement ? Pourquoi ?



Les mots qui sonnent bizarrement (hurluberlu, nonobstant, facétieux, équevilles…) ou les mots poétiques qui invitent à l’écriture (abysse, éphémère, aurore, cotonneux…). J’aime aussi beaucoup « riper » évidemment.

7. Petit clin d’œil aux blogueuses présentes au Festival Rue des livres : Maintenant que vous avez découvert les romans de Sorj Chalandon, je suis curieuse de connaître votre sentiment sur votre lecture de Mon traître.

J’ai trouvé que le point de vue du traître (Retour à Killybegs) était bien plus intéressant que celui du trahi (Mon Traître). Le personnage du luthier ne m’a pas transporté autant que celui de Tyrone Meehan.

8. Et je ne peux m’empêcher de vous demander quels ont été vos derniers coups de cœurs littéraires ces derniers mois ?

Pierre Cendors (L’homme caché), Pierre Bergounioux (Miette), Pierre Autin-Grenier (tous ses livres) et Dominique Fabre (tous ses livres).

9. Enfin, je ne peux conclure cette interview sans vous demander si vous avez déjà un nouveau projet littéraire.

Oui mais je n’ai presque rien écrit pour l’instant.

vendredi 8 juin 2012

Interview de Julien Tixier et Gaël Dubreuil

Il y a peu de temps, je vous présentez l'album ''Lucas & le parfum voyageur'', aujourd'hui, j'ai la chance de laisser la parole à ses créateurs : Julien Tixier son illustrateur et Gaël Dubreuil son auteur. Merci à eux d'avoir accepter de jouer le jeu de l'interview !

lucas ill 2

1. Lucas & le parfum voyageur est votre deuxième album jeunesse. Contrairement au Vieux qui avait un grain dans la tête qui avait été préalablement écrit par Dorothée Piatek, celui-ci est vraiment né d’une collaboration avec Gaël Dubreuil. Pouvez-vous nous raconter la naissance de ce projet ?

Julien Tixier : J’ai toujours aimé développer des univers, réfléchir à des histoires, écrire. Alors j’ai pris un peu de recul ces deux dernières années avec l’édition, où je m’étais plus concentré sur des travaux de commandes, pour travailler tout ça.

Puis j’ai rencontré Gaël et on s’est aperçu que l’on pouvait avoir une vraie complicité créative donc on s’est mis à travailler sur des scénarios. Au milieu d’autres projets sur lesquels on planchait, j’ai eu envie, un peu comme une récréation, de faire un album avec des animaux sympathiques, pour la petite enfance. Je ne suis pas très à l’aise pour ma part dans ce registre d’écriture. Celle de Gaël colle parfaitement à ce genre. Donc j’ai passé commande… Au milieu de nos discussions, j’ai proposé de faire une histoire qui parle de sentiments, d’une relation forte. Pour l’idée de la quête d’un parfum, je ne sais plus qui de lui ou de moi a eu l’idée car c’est un échange permanent.

Gaël Dubreuil : Comme dans l’histoire de Lucas et le parfum voyageur, la notion de rencontre est essentielle. Entre Julien et moi, il y a plus qu’une relation d’illustrateur à auteur, nous créons vraiment ensemble. Julien m’avait parlé de son désir de renouer avec l’édition jeunesse, j’avais très envie de relever le défi, car l’écriture pour enfant est très exigeante : en quelques phrases, il faut arriver à donner un sens, une émotion, une poésie.

Avant de commencer un projet, nous échangeons beaucoup sur des idées, des univers et aussi sur notre vécu. On essaye d’évoquer ce qui nous touche, partant du principe que le personnel a souvent une résonnance universelle. L’échange se poursuit sur les textes et les images, dans un continuel ping-pong, jusqu’à ce que nous tombions d’accord. Ce voyage, nous l’avons fait ensemble.

2. Je ne connaissais pas l’existence du Panda roux. Comment avez-vous choisis cet animal, héros de votre livre ?

Julien Tixier : Souvent on nous dit que nous avons inventé un animal bien sympathique. Mais il existe vraiment. Nous avons choisi le panda roux car il est exotique, original, petit et mignon. Lorsque nous pensons à ce genre de héros, nous recherchons l’animal, qui, stylisé, soit presque une peluche. Mais une peluche craquante. J’étais sûr qu’il ferait craquer les filles… D’ailleurs j’ai fait cet album pour faire craquer les filles ! Disons-le clairement ! Nous allons pouvoir tester cela lors de nos dédicaces…

Gaël Dubreuil : C’est Julien qui a pensé à ce petit animal, que peu connaissent en effet. Quelques lecteurs nous ont dit l’avoir vu aux zoos de Royan ou de Lille. Lui aussi une espèce menacée, il est moins médiatisé que son homonyme, le grand panda. Pourtant, il est célèbre, les nombreux utilisateurs du web Mozilla Firefox ne savent souvent pas que l’emblème du navigateur internet est le panda roux (et non un renard).

3. Et pour les autres animaux ? Les avez-vous choisis par affection ou parce qu’ils symbolisent certains continents ?

Gaël Dubreuil : Le choix des animaux se fait à la fois en fonction de nos envies et des besoins de la narration. Les personnages de l’éléphant ou du kangourou sont, par exemple, liés à l’histoire. A contrario, les ours blanc ont été une proposition de dessin qui a nourri le texte. Là encore, il y a un ping-pong qui se fait entre Julien et moi.

Ils n’ont pas été pensés en symbole des continents, et pourtant, c’est pour répondre au mieux à cette invitation au voyage, à la richesse et la diversité des rencontres. Le récit ne se passe pas en un lieu défini, si ce n’est celui de l’imaginaire et de la poésie. Rien de ce qui est évoqué n’est palpable, comme un parfum.

Julien Tixier : Oui, c’est pour moi un album sur le bonheur en général, les moments magiques, les moments volés et souvent aussi les moments perdus. Ce n’est pas un album sur l’amour dans son unique sens de « sentiment amoureux ». Il y a pour moi une mélancolie évidente derrière le texte.

En faisant l’album, j’ai souhaité, comme l’indique ma dédicace en début du livre, raconter une histoire qui m’était personnelle. Gaël est parti sûrement et nécessairement d’un autre point de départ. Après on a touché un thème universel, c’est évident. Mais il n’y a pas, à l’origine, de recherche de symboles, comme les continents ou autres.

4. Au moment de créer les illustrations, connaissiez-vous déjà le format de l’album ? Car vous jouez avec les formats carrés ou allongés, les gros plans ou les vues lointaines…

Julien Tixier : Si on regarde mes images pour cet album ou pour mes autres publications, le graphisme prend en compte une place importante dans mes compositions : très mathématiques, aplats, lignes droites, symétrie… Mes illustrations sont souvent très structurées et calculées. Donc ça ne me pose pas de problème de jouer avec les cadrages. C’est même ce qui me plait et ce que je recherche.

Au début on était parti sur un format vertical. Et quand on a signé, l’éditeur a choisi un format horizontal, donc j’ai du retravailler et adapter tous mes cadrages. C’est juste un équilibre à retrouver. L’image des ours blancs par exemple a été dessinée une première fois en format vertical, lors de la naissance du projet, puis une deuxième fois en format horizontal pour l’album, et une troisième fois en vertical mais différente de la première, pour offrir à quelqu’un.

5. En me promenant sur le net, j’ai noté que vous participiez à des rencontres avec des élèves. Comment se passe ces échanges entre auteurs et lecteurs ? Quel plaisir y trouvez-vous ?

Julien Tixier : Nos échanges sont très bons. Rapidement je leur coupe la tête, et je les mange. Bref, des rencontres bon enfant. Comme je vais avoir des soucis, je précise : naturellement ça ne se passe pas vraiment comme ça. Avant de les manger, je les fais cuire. C’est évident.



Gaël Dubreuil : Je suis toujours surpris de la pertinence des questions et des réflexions des enfants. Ils captent souvent beaucoup de choses, parfois plus que les adultes. Ils comprennent d’ailleurs très bien le second degré, heureusement pour Julien… Ces rencontres sont en tout cas la confirmation de notre responsabilité d’auteurs à vouloir leur offrir quelque chose de qualité et en ne les prenant pas pour plus bêtes qu’ils ne sont.

6. Depuis la parution du Vieux qui avait grain dans la tête, y a-t-il eu des changements dans votre vie d’illustrateur ? Des projets réalisés qui vous tiennent à cœur…

Julien Tixier : Je pense que les changements arriveront après cet album, vu que son démarrage est très bon. Mais une carrière de dessinateur se construit quoiqu’il en soit toujours sur du long terme.

On a d’autres albums illustrés jeunesse avec des animaux dans nos cartons. Ca nous a bien plu, alors on continue encore un peu. Mais avec Gaël on travaille, et moi aussi en solo, sur d’autres projets qui ne sont pas destinés à la jeunesse. C’est vrai que la jeunesse est peut-être actuellement pour moi, la partie la plus visible et médiatisée de mon travail, mais je travaille sur bien d’autres choses : la Bd me fait de l’œil de plus en plus. Donc je planche là-dessus régulièrement pour proposer quelque chose de cohérent. Et actuellement je dessine des storyboards pour la publicité et le cinéma.

De toute façon, lorsque je crée mes projets, je ne choisis pas leur mode de « reproduction ». C’est quand j’avance dans leur réalisation, que je choisis celui qui convient le mieux à leur aboutissement. Par exemple, ce que je voulais raconter par le biais de Lucas et le parfum voyageur aurait très bien pu être raconté dans une BD adulte, dans une autre forme, avec une histoire différente. Mais j’ai pensé que la forme de l’album jeunesse était la plus pertinente pour cette histoire.

Je dissocie toujours ces trois choses : ce que je veux raconter, l’histoire qui va me permettre de le faire, et en fonction de celle-ci, son mode de production.

mardi 18 mai 2010

Interview de Jeff Sourdin

Il y a quelques temps, je vous parlais de mon coup de coeur pour Ripeur de Jeff Sourdin. Aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir lui céder la parole sur ce blog puisqu'il a très gentiment accepté de répondre à ma petite interview !

A la lecture de la page 108 de votre roman, Ripeur, l’idée de vous interviewer s’est imposée à moi. Le narrateur reproche aux personnes qu’il rencontre de toujours lui demander ce qu’il fait dans la vie et suggère toute une liste de question qu’il aimerait qu’on lui pose. Comment ne pas résister à l’envie de vous les poser ?!

J'ai beaucoup ri quand j ai découvert les questions et beaucoup moins quand j'ai cherche les réponses, je réfléchirai à 2 fois la prochaine fois avant de proposer des interviews clés en main...

  • « Quelle a été votre plus grande émotion dans la vie ? »

C'est la question la plus difficile... J'espère que la plus grande est encore à venir et sinon récemment je dirais quand Yves Landrein, mon éditeur m a appelé la première fois pour me dire que Ripeur l intéressait.

  • « Quel livre auriez-vous voulu écrire ? »

Trop difficile de répondre un seul, j'ai fait une liste de 5 après une longue réflexion: "Le roi des aulnes" (Michel Tournier), "La promesse de l'aube" (Romain Gary), "Moon Palace" (Paul Auster), "Le monde selon Garp" (John Irving) et "Eureka Street" (Robert Macliam Wilson)

  • « A quelle époque auriez-vous voulu vivre ? »

Sincèrement la notre (je suis né en 1978) pour toutes les libertés que nous pouvons connaître.

  • « De quand date votre dernier orgasme » ?

Dernier orgasme littéraire (je présume, quoi d autre?), Cent ans de solitude (Gabriel Garcia Marquez) pour son sens du récit, de l'intrigue et son humour.

Mais ces quelques questions ne suffisent pas à combler ma curiosité. Je ne peux m’empêcher de vous en poser quelques-unes de plus :

  • Il me semble avoir lu quelque part que vous connaissiez bien ce travail de ripeur pour l’avoir exercer vous-même. Ripeur serait donc un roman autobiographique ? Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous lancer l’écriture ?

Non justement mais c'est très bien que vous en parliez car "Ripeur" est une vraie fiction avec un personnage imaginaire (et qui n'est pas moi). Cette fiction est librement inspirée de mon expérience de ripeur lorsque j'étais étudiant (2 mois l'été, il y a 10 ans). Ce n'est pas un témoignage mais une chronique imaginée autour du personnage et de ses questionnements. Ce qui m'a donné envie d'écrire c'est l amour des mots (et des jeux de mots) ainsi que l'envie de raconter des histoires. Pour Ripeur, c'était la volonté de créer un récit autour de personnages simples et de montrer que leurs vies et leurs interrogations ne sont pas dénuées d'intérêt, ni de poésie.

  • Si comme votre personnage vous fréquentez beaucoup les bibliothèques, comment choisissez-vous vos lectures ? Et que lisez-vous ?

Le hasard, les coups de cœur, les amis, Midola's Blog (et hop, je l'ai place), les lectures qui mènent à d autres, ... Je lis un peu de tout, du roman essentiellement, américain ou britannique.

  • Avez-vous d’autres projets en court ?

Je suis en voyage avec mon amie depuis 3 mois maintenant (Amérique du sud, du Centre et du Nord) et nous rentrons en juillet. Ensuite j'aimerais écrire un nouveau roman dont l'intrigue se déroulerait à Rennes.

  • Dans les e-mails que nous avons échangés, vous disiez avoir été étudiant à Rennes. Quels souvenirs en gardez-vous ? Dans quel bar rennais serions-nous susceptibles de vous croiser ?

J'ai passe 7 ans a Rennes pour mes études et ces années ont été très riches et ont beaucoup compté. Rencontres, expériences, connaissances... Maintenant pour me croiser dans un bar, c est plus simple a Paris: au Penty (quartier d Alligre dans le 12eme) ou a La Plage (rue de Charonne dans le 11eme)...

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un excellent voyage outre Atlantique et vous remercier d'avoir satisfait ma curiosité. Il ne me reste plus qu'à guetter votre prochain texte !

mardi 31 mars 2009

Interview de Julien Tixier

Il y a quelques temps, j'avais présenté l'album Le Vieux qui avait un grain dans la tête. Aujourd'hui j'ai l'honneur de vous proposer un interview de Julien Tixier, l'illustrateur de ce très bel album.

  • Les informations vous concernant étant plutôt rares, je serais tentée, pour commencer, de vous demander de vous présenter en quelques mots.


Je viens d’avoir 26 ans et je suis illustrateur en freelance depuis 2004, et pas uniquement illustrateur jeunesse. Le terme « illustrateur jeunesse » me paraît restrictif et je ne sais pas trop ce qu’il signifie. J’illustre des textes qui me correspondent, sans chercher si les dessins que je dois faire s’adressent aux huit ans, neufs ans ou bien vingt, trois mois et quelques jours. Une telle classification appauvrit considérablement l’édition actuelle en la formatant. Cela voudrait dire qu’un illustrateur jeunesse ne saurait pas dessiner des textes adultes ou inversement. Je pense qu’un illustrateur doit savoir dessiner toute sorte de textes en gardant son identité. C’est là que se situe le défi. Effectivement on a forcément des affinités avec certains univers, mais un tel confinement me paraît assez peu valorisant. Pour ma part, mes dessins édités ne sont qu’une très petite partie de l’ensemble de mes illustrations. Celles qui ont lancé ma carrière portaient d’ailleurs sur les œuvres de Ionesco et de Gogol. Le problème, c’est qu’actuellement l’édition française ne publie plus ce genre de textes dits « adultes ».

  • Le vieux qui avait un grain dans la tête est apparemment le premier album que vous avez illustré, comment est né ce projet ?


C’est bien le premier effectivement. J’essaie que tous mes travaux édités aient un lien, une direction artistique commune, tant d’un point de vue graphique que narratif et de l’idée véhiculée. Je ne dessine pas juste pour dessiner. Le dessin pur ne m’intéresse pas ou si peu. Ce sont les thèmes que je peux aborder par le biais de celui-ci qui sont intéressants et qui vont participer peu à peu à une identité artistique propre. Il y a un grand travail de réflexion dans le choix de mes thèmes. Je veux que mes travaux soient reliés par un fil directeur. C’est pourquoi il m’arrive de refuser des projets. Olivier Petit, directeur des Editions Petit à petit, m’avait déjà demandé de faire des albums pour lui sans que je donne suite et puis au Salon de Montreuil 2007, je l’ai croisé avec Dorothée Piatek. Il m’a à nouveau proposé de travailler ensemble, m’a adressé le texte, et j’ai accepté car rapidement j’ai vu comment j’allais pouvoir le faire épouser mon univers.

  • Comment avez-vous abordé le travail d’illustration du texte de Dorothée Piatek ? L’image du vieil homme s’est-elle aussitôt imposée à vous ?


Le vieux a été trouvé très rapidement. Il m’a fallu exactement deux croquis et c’était bon. Je l’ai de suite imaginé barbu à la démarche sympathique mais avec surtout de la dignité. Sinon globalement, pour tout le travail d’illustration, je voulais quelque chose de très peinture et d’assez enlevé mais en allant encore plus loin que ce que je faisais avant. La difficulté importante a été de trouver des cadrages différents alors que l’histoire se déroule dans un espace restreint : un canal. Il fallait les renouveler à chaque fois tout en donnant à chacun une force narrative.

  • Au milieu de l’album vous représentez des instruments de musiques fabuleux : le vibrabois, le tricintre, le corpouette… Qui est à l’origine de ces idées ?


Dorothée pour la totalité, à part le tricintre. Il en fallait un pour boucher un trou dans la composition alors je l’ai improvisé. Pour le reste, c’est Dorothée qui m’avait envoyé des photos et plein de petits croquis. J’ai n’avais plus qu’à piocher. Cela m’a fait gagner un temps précieux.

  • Quel instrument auriez-vous emporté si vous aviez été l’un des enfants de l’histoire ?


Là, je ne peux vraiment pas vous répondre. Probablement celui qui fait le plus de bruit. Mais il faudrait que je les teste, car je ne suis pas convaincu qu’il sorte un quelconque son de tous les instruments !

  • Pour le vieux qui avait un grain dans la tête, vous utilisez l’acrylique. Utilisez-vous volontiers d’autres techniques ?


Pour des illustrations peinture, l’acrylique est ma technique favorite. Je n’aime pas la gouache. L’huile est aussi sympa que l’acrylique et presque similaire dans l’approche mais plus contraignante en raison principalement du temps de séchage. D’une manière générale, je réserve l’huile lorsque je fais des toiles. Sinon, lorsque je travaille pour des illustrations personnelles ou en vue d’autres projets je peux aussi très bien utiliser d’autres techniques : crayon, stylo, et photoshop. Ca me permet d’aborder différemment les choses et d’explorer de nouvelles voies.



  • Quelques recherches sur Internet m’ont permis de découvrir que vous aviez également réalisé les couvertures de plusieurs romans pour la jeunesse. Comment se passe ce type de travail ? Etes-vous libre de choisir le thème de l’illustration ou vous demande-t-on un travail bien précis dès le départ ?


J’ai la chance d’avoir réalisé ces couvertures pour les Editions Bayard et d’avoir travaillé avec une super directrice artistique. C’est-à-dire quelqu’un qui fait confiance à l’illustrateur, en ne le prenant pas comme un simple exécutant à qui on dirait « je voudrais un ciel gris, avec trois personnages au premier plan qui font du tricot… ». Si elle fait appel à tel illustrateur et pas à un autre, c’est pour que justement sa personnalité ressorte. C’est comme dans un restaurant : le client choisit parmi une carte, mais il n’a pas le culot d’imposer au chef ses propres plats. Mais certains directeurs artistiques l’ont. Et ça ne surprend presque personne. Moi toujours. Donc je propose librement deux ou trois pistes. Un choix est fait ensuite par l’éditeur, choix qui rejoint généralement le mien, puis je modifie et améliore deux ou trois points et je réalise la couverture.

  • Avez-vous d’autres projets liés à la littérature de jeunesse ? ou à d’autres domaines ?


Dans l’édition j’ai des projets personnels en cours mais rien de définitif. J’ai toujours aimé écrire et donc j’ai deux ou trois textes sous le coude mais qui doivent mûrir et dont je dois définir comment les illustrer et sous quelle forme. Illustration pour certains, BD pour d’autres ? Mais il y a aussi plein d’autres domaines comme l’animation par exemple qui pourrait me tenter. Tout avance pas à pas. Peut-être qu’aucun ne verra le jour, mais aucun ne se perd réellement. On rebondit sur l’un pour en créer un nouveau. Je suis aussi intervenant dans l’enseignement supérieur pour des étudiants qui ont presque mon âge. C’est une chouette expérience. Vraiment. On apprend beaucoup et on progresse plus vite.

  • Quel est l’album de votre enfance qui vous a le plus marqué ?


Je n’ai pas beaucoup lu étant enfant et je ne me souviens pas beaucoup d’albums en particulier. Je suis venu au dessin très tard vers l’âge de 16 ou 17 ans. J’ai par contre lu beaucoup de BD. Mais là aussi j’étais très sélectif. Je préférais les univers un peu sombres, allumés, exacerbés comme ceux de Loisel, Tardi, Bilal ou Yslaire. Pour moi Sambre de Yslaire est la référence. Quand la bd sort de son cadre ludique comme simple produit de divertissement pour adolescent et devient un art, elle devient Sambre.

  • Y a-t-il une question à laquelle vous auriez aimé répondre et que je ne vous ai pas posée ?


J’aimerai surtout poser une question à beaucoup d’éditeurs : accepteraient-ils de travailler pour les sommes qu’ils proposent ? Je ne veux pas casser l’ambiance mais c’est un problème qu’un jour il faudra résoudre. Parce qu’il est déjà posé depuis longtemps. Je ne tiens pas à passer pour un aigri de l'édition (car je n'ai pas à l'être) et à mes yeux ce n'est pas justement le problème de l'argent qui est important. Car quand on choisit ce métier, on sait que c'est un métier d'incertitudes ou de chance, donc il serait inutile de pleurer sur des revenus variables. Non, je tente de mettre le doigt sur un problème de respect de l'illustrateur et donc de respect de l'art et de la création en général qui n'a plus beaucoup sa place dans l'édition actuelle (à part certains éditeurs dont j'ai déjà parlé, et il y en a d'autres malheureusement peu nombreux). La façon de rémunérer est un exemple de ce non respect. Il faut savoir que pour un album nous sommes payés avec des droits d'auteur. Nous recevons un première somme sous forme d'avance sur droits (qui vont de 1500 à 3000 euros environ) avec environ 4% de droits d'auteurs que nous touchons après avoir "rembourser" cette avance sur droits. Dans ces cas, cela va encore: à nous de faire un hit pour vivre. Mais bien souvent les droits d'auteurs sont de 1,5 ou 2%. Ce qui fait que dans de nombreux cas, il faut vendre 6000, 20000 voire 30000 albums pour toucher des droits alors qu'en même temps l'éditeur nous prévient qu'il ne sera tiré que 2000 (ça arrive) ou 4000 exemplaires maximum (ce qui est déjà beaucoup). Donc il est impossible d'être rémunéré, à part les 2000 euros de départ pour 3 à 4 mois de travail. '' C'est cela que j'appelle un non respect.''

Autre exemple croustillant mais courant: j'étais en dédicace au dernier salon de Montreuil. J'avais donc un badge marqué illustrateur. Je me promène entre les stands et je m'arrête devant celui d'une grosse maison pour regarder leur catalogue. On me tombe dessus et on me dit (alors que je n'ai rien demandé!!!), que l'on ne reçoit pas les illustrateurs. Il y actuellement un énorme mépris de la part des éditeurs. Le problème, c'est qu'aucun secteur ne respectant et ne nourrissant pas ces acteurs ne peut tenir à terme. Et c'est la qualité qui en est la première victime.


Je remercie infiniment Julien Tixier pour d'avoir joué le jeu de l'interview et de nous avoir apporté son témoignage sur le métier d'illustrateur. J'espère que nous aurons très bientôt l'occasion de découvrir la suite de son travail !

lundi 26 janvier 2009

interview d'Elodie Coudray

Elodie Coudray, illustratrice de livres pour enfants, a eu l'extrême gentillesse de répondre à quelques questions au sujet de l'album "Le Jardin de Tonio".


  • Comment est né ce projet ? Connaissiez-vous déjà Dorothé Piatek personnellement ou est-ce elle qui a pensé à vous pour illustrer son texte ?

E.C. : J'ai rencontré Dorothée Piatek en 2006, année où elle m'a offert d'illustrer le texte du "Prince au Grands Pieds" (paru l'année suivante aux Ed. Petit à Petit). L'année dernière, en rentrant du Festival de Rouen, Dorothée m'avait fait l'amitié de me laisser lire le texte d'un futur album ("Le vieux qui avait un grain dans la tête"), et elle y avait joint l'histoire de Tonio, "comme ça, pour avoir mon avis"... J'avais été extrèmement émue par ce texte, je le trouvais fort et tout simplement très beau... La belle surprise fut d'apprendre que Dorothée et Olivier Petit (éditeur des Editions Petit à Petit) avaient pensé à moi pour l'illustrer...

  • Comment s’est passée votre collaboration ? Est-ce une vision totalement personnelle de l’univers de Tonio ou bien est-ce une représentation commune à l’auteur et à vous ?

J'avoue que dans un premier temps, je m'empare du texte de l'auteur sans trop lui demander son avis: j'ai besoin de m'approprier le texte dans son ensemble et durant les semaines ou même les mois qui me sont nécessaires à faire émerger les personnages et leur univers, je ne montre pas forcément grand chose à l'auteur... J'essaie de ne pas répéter le texte mais de lui apporter un autre niveau de lecture, d'y faire éventuellement la place à une petite histoire parallèle. Quand je commence à saisir les personnages principaux, j'organise une "rencontre" avec l'auteur sous forme de croquis poussés au crayon ou à la peinture; par chance, ma vision des personnages n'a jusqu'à présent pas heurté leur parent de plume... (sourire) Souvent, tant que je ne suis pas arrivée à ce que je veux, je préfère ne rien montrer, mais j'essaie d'expliquer là où je veux aller et malgré cette phase de travail en solitaire, l'esprit de l'album se discute bien sûre avec l'auteur. Par exemple, pour "Le Jardin de Tonio", je "voyais" beaucoup de blanc (du papier)... C'était important de mon point de vue, du fait que ce récit était comme une réminiscence, comme on aurait écouté un ami nous rapporter un fait de son enfance: des images apparaissent alors et laissent d’avantage la place au ressenti et à l’imagination qu’à la précision des lieux ou des objets... C’est d'ailleurs un album sans prouesse technique, où l’illustration se couche derrière le texte. Je veux dire par là qu’en tant qu’illustratrice, je ne me suis pas attachée à "bien dessiner"; les proportions, les mains ou tout autre détail peuvent être approximatifs, ce n’était pas ma priorité. Avant toute chose, je voulais faire ressortir l’amour qui émane de cette tranche de vie, donner à sentir la tendresse, la chaleur qui réunit les êtres, quelque soit leur âge ou leur milieu… Nous ne voulions pas un fini "léché", mais des traits plus ouverts que dans "Le Prince aux Grands Pieds", que les traits de construction restent parfois apparents, que la couleur et les ombres vibrent…

Lorsqu'un duo auteur/illustrateur monte un projet ensemble, c'est un peu différent de la collaboration plus habituelle où l'illustrateur travaille avec le directeur artistique d'une maison d'édition, souvent sans rencontrer l'auteur, celui-ci découvrant parfois le livre à sa sortie en librairie... Etant dans le premier cas, Dorothée connaît mon univers et le terrain est relativement propice à la confiance quant à ce que je ferai de ses mots; on peut dire qu'elle me laisse le champs libre... Dans les images du "Jardin de Tonio", la vision de son univers m'est propre, mais elle est passée au crible des mots de Dorothée, alors il y a forcément de nous deux dans ces dessins...

  • Quels sont les différentes étapes de votre travail dans la création d’un album ?

Je lis d'abord plusieurs fois le texte... Dans la marge ou au dos des feuillets, je commence à croquer quelques minuscules images qui me viennent spontanément, parfois évoquées par une seule phrase. Après avoir laisser mon esprit errer quelques temps, je reprends le texte pour effectuer un premier découpage, afin d'asseoir la pagination de l'album. Je peux respecter le découpage initial de l'auteur, et ses paragraphes, mais si cela n'abîme pas le texte je pousse quelques phrases un peu plus avant ou plus après _j'y reviendrai d'ailleurs plusieurs fois, et soumettrai mon découpage final au consentement de l'auteur puis de l'éditeur... Parmi mes premiers croquis spontanés, je regarde quelles images me font toujours envie, et je les place en priorité sous forme de vignettes représentant les pages du livre (chemin de fer) sur une feuille A4 pour avoir une vue d'ensemble rapide... Je poursuis alors le crayonné, les images manquantes, j'affine les détails, je me documente, je commence parfois des recherches couleur... J'essaie d'être attentive au rythme de l'album, à l'ordre de succession des plans (éloignés, rapprochés, frontaux, etc...) Il arrive souvent que certaines pages soient plus faibles d'autres; il faudra alors y accorder d'avantage d'importance, changer totalement l'angle de vue peut-être?... Quand j'ai dégrossi l'ensemble et que je tiens la plupart de mes planches au crayonné, je les envoie à l'auteur pour recueillir son avis. Une fois le découpage et le crayonné aboutis et validés par l'éditeur, je passe à la mise en couleur. En général, je commence par la couverture. Celle-ci et 3-4 premières planches seront rendues 2 à 3 mois plus tôt car elles serviront de support aux représentants commerciaux de la maison d'édition...

  • Vous dites que « Le Jardin de Tonio » vous tient particulièrement à cœur. Avez-vous un attachement particulier aux jardins ouvriers que vous avez su représenter comme de véritables havres de paix ?

Tout ce qui semble un tant soit peu fragile me touche... Ces jardins ouvriers faits de bric et de broc, leurs gros choux éclos entre deux fils tordus et une plaque rouillée peuvent être porteurs d'une douce poésie... Au-delà du paysage qu'ils offrent ou que l'on imagine, vous remarquerez que même s'ils sont aménagés à partir de matériaux de récupération, ils sont parfaitement entretenus, parfois tirés au cordeau, et puis j'aime l'idée de ces jardins où rien ne se perd... Ces jardins ouvriers disparaissent mais dans les grandes villes ont voit réapparaître ce que l'on nomme aujourd'hui des "jardins familiaux". Cela tient à des initiatives politiques et sociales: ramener de la verdure au coeur des villes, apprendre aux enfants ce qu'est une fleur ou un légume, leur apprendre comment ça pousse, à en prendre soin... Et puis plus bêtement, avoir un jardin, cela permet de se nourrir et à l'heure où on nous bassine sur le prix des fruits et des légumes, le "bien-manger" et la crise, c'est aussi une réalité économique...

  • Le monde extérieur est presque inexistant de vos illustrations jusqu’à l’arrivée de ce diabolique supermarché. On retrouve néanmoins une affiche, près du hall d’entrée de l’immeuble, annonçant une session de slam. Je vous sais illustratrice, mais peut-être écrivez-vous aussi ?

C'est vrai, je n'ai quasiment pas représenté la cité où vivent Tonio, Frida et les enfants!... Pour être honnête, je ne ressentais pas vraiment de plaisir à l'idée de dessiner des immeubles, mais j'essayais aussi de me souvenir ce que c'était que d'habiter entouré de bâtiments pas particulièrement attrayants: ça ne donne pas toujours envie de regarder dehors, alors on met des rideaux colorés à ses fenêtres, des fleurs si on a un bout de balcon... C'est bien sûre une vision personnelle, et mes personnages se créent leurs jardins intérieurs, ils nourrissent le jardin et l'appartement de Tonio de leurs rires, de leur gaieté et de leur agitation... La vue plongeante sur le supermarché ou l'affiche sont des clins d'oeil à mon ancien quartier parisien _j'habitais Belleville, un quartier vivant avec beaucoup de gens aux fenêtres... (sourire) Et non, je n'écris pas. Pour l'instant, je me pose avec plaisir sur les mots des autres...

  • Enfin, je serais curieuse de connaître les illustrateurs qui vous inspirent particulièrement.

Depuis l'enfance, j'ai toujours eu beaucoup de plaisir devant des illustrations très détaillées, comme celles du suédois Carl Larsson ou de l'américain Winsor McCay, le créateur de Little Nemo. J'aimais aussi les illustrations de Lisbeth Zwerger, appréciant par la suite la façon dont elle mène ses plans à une certaine abstraction, tout comme Rébecca Dautremer d'ailleurs, dont j'apprécie ainsi la force des cadrages. J'aime aussi les illustrations de Tardi, Juanjo Guarnido, la fausse simplicité de Sempé, Marc Boutavant, l'onirisme des illustrations d'Elodie Nouhen... J'en oublie forcément, car les illustrateurs, entre autres, sont des "bouffeurs" d'images mais mes goûts et mes envies me poussent vers divers horizons et émerveillements: Gustav Klimt, Egon Schiele, les Nabis, Charles Rennie Mackintosh, les créations textiles Liberty, les monstres marins, les films d'Emir Kusturica et de Caro et Jeunet, les sculptures des Lalanne, de Barry Flanagan ou de Patrick Dougherty, les machines de François Delarozière...


Je tiens à remercier chaleureusement Elodie Coudray pour ses réponses passionnantes et vous conseille d'aller visiter son propre blog où vous pourrez continuer à découvrir son univers.