La Bibliothèque Rose aujourd’hui
Par Midola le lundi 5 janvier 2009, 22:14 - Le monde du livre - Lien permanent

La création de ce blog est pour moi l'occasion de faire partager les notes que j'avais prises à l'occasion d'une conférence en 2007 aux Champs Libres (Rennes) que j'avais trouvé particulièrement intéressante. Même si les propos datent d'il y a presque deux ans, ils restent tout de même d'actualité... __ Charotte Ruffault__ est directrice de la collection La Bibliothèque rose aux éditions Hachette Conférence organisée à l’occasion des 150 de La Bibliothèque rose.
Spécificités de la collection :
- reprendre des titres qui ont très bien marché et les « relooker » pour relancer les ventes
- avoir un auteur phare : la Comtesse de Ségur et aujourd’hui PEF
- tous les titres sont au même prix
- A pour objectif de divertir, pas d’éduquer. Visée commerciale.
Aujourd'hui, la collection compte 42 séries, dont une dizaine devraient finir par disparaître.
Début 2000, la directrice de collection (dont je n’ai pas retenu le nom) a voulu introduire au catalogue des auteurs français. Mais ils ne pouvaient pas rivaliser avec les novellisations.
Aujourd’hui, il n’y a plus que des novellisations. La première novellisation remonte au début des années trente avec Minnie et Mickey !
Aujourd’hui 50% de la production jeunesse sont des séries (y compris Harry Potter…), d’origine anglo-saxonne et avec comme but le divertissement, la distraction.
Les novellisations sont donc des œuvres dérivées, déclinées à partir d’une œuvre originale (dessin animé, BD, jeu vidéo). Par cette re-création, on perd évidemment des choses par rapport à l’œuvre originale. Mais d’après Charlotte Ruffaut on en gagne aussi : pour un enfant, c’est un effort d’entrer dans l’univers d’un auteur, c’est l’inconnu, ça fait peur. Ils aiment revenir aux mêmes histoires (C. Ruffault reprenait l’exemple de l’histoire demandée tous les soirs par l’enfant bien qu’il (ou parce qu’il) la connaisse par cœur). La novellisation leur offre des histoires rassurantes car ils les connaissent déjà. Mais l’avantage de ces novellisations est de permettre à l’enfant de les vivre de l’intérieur. C. Ruffault soulignait une question très intéressante : pourquoi les enfants ont peur de s’aventurer dans des livres qu’ils ne connaissent pas ? Lire est une Aventure, pourquoi a-t-on peur de cette Aventure ? Elle-même n’a commencé à lire que très tard, après la lecture des Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, parce que cette lecture a fait écho en elle. Ce roman lui a révélé ce qu’était la lecture.
La novellisation peut faire de très bon lecteur au sens technique du terme ! Elle peut être considérée comme un bon moyen de s’entraîner à lire facilement et rapidement.
C. Ruffault soulignait également le manque de partage entre les parents et les enfants. Beaucoup ne tiennent pas leur rôle de passeur, ils ne font pas découvrir les lectures qu’ils ont aimé enfant.
Lorsque des titres anciens sont réédités, ils peuvent subir certains changements (autres que la présentation). Ils sont retraduits à partir de la version originale (ce qui n’avait pas été le cas depuis bien longtemps) et de manière à parler à des enfants du XXIe siècle (le vocabulaire peut alors surprendre). Certains textes ont pu subir des coupes (ex de Fifi Brin d’Acier) ou l’ajout de notes (le club des cinq comporte des propos racistes).
La notion d’auteur n’avait pas d’importance pour Hachette, ce qu’il l’intéressait c’était le titre, l’histoire. Lui-même corrigeait, réécrivait certains textes. Il a été l’un des premiers éditeurs à commander des romans à des auteurs (méthode anglo-saxonne). Il avait une logique de « marketing » avant l’heure, il visait la grande distribution.
On peut remarquer que les titres de la Bibliothèque rose sont présents jusque dans les petites supérettes. On les remarque aussitôt grâce à leur dos rose. Même en bibliothèque on les repère aussitôt car ils sont regroupés par séries alors que les autres livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur.
Charlotte Ruffaut notait une invasion du livre de divertissement. Fin 1970, début 1980, il y a eu une explosion de la littérature de jeunesse de création (avec l’école des loisirs entre autre). Mise en avant d’auteurs français (via les différentes collections de poche). Ces auteurs ont beaucoup été relayés par l’école mais on leur a reproché de toujours écrire la même chose : des romans réalistes, des choses du quotidien. Or l’enfant vit maintenant d’autres choses avec l’apparition de la télé, des jeux vidéo, d’Internet. Les enfants ont maintenant une __culture de l’image. __ En ce qui concerne l’écriture d’une novellisation. Un épisode d’une vingtaine de minutes doit donner un livre de 96 (dont plusieurs captures d’écrans). Les auteurs du dessin animé ou de la BD sont très exigeants et suivent de très près la novellisation de leur œuvre. Le cas de Franklin est particulier puisque se sont les auteurs du dessin animé qui ont écrit la novellisation.
Commentaires
J"ai bien entendu fait mes premiers pas de lectrice dans la Bibliothèque Rose avec Oui Oui. Ensuite, j'ai du lire quasiment tous les Fantômette. Un peu de club des 5 mais j'aimais moins. Ensuite, j'ai grandi et oui, et suis passée à la Bibliothèque Verte !!! Si si !!!
C'est un peu horrible toutes ses novellisations...
C'est peut-être bien que les enfants en lisent une ou deux, histoire de voir ce que c'est et de se 'divertir' mais c'est comme tout, il 'faut' ensuite grandir et passer à autre chose, pas toujours facile...
Encore moi, j'ai oublié de te dire que ta présentation / liste pour le défi 'Littérature policière sur les 5 continents' sera en ligne le 9 janvier sur le site dédié au défi : http://defi5continents.over-blog.co...
Eh bien, moi, très étrangement, je n'ai pas beaucoup de souvenirs de lectures de la bibliothèque rose... Seulement quelques Comtesse de la Ségur, clubs des cinq. Et en bibliothèque verte, essentiellement L'Etalon noir !!!
Ce qui est inquiétant avec toutes ces novellisations, c'est que les enfants ne veulent pas passer à autre chose. Dans la biblothèque où je travaille, on a fait le choix de ne pas du tout en acheter. Et c'est assez difficile de les orienter vers autre chose. Heureusement que l'on a des auteurs comme Anne Fine (Journal du chat assassin > clin d'oeil au billet de Catherine) ou Christian Oster (Le Cochon en panne).
En fait ce genre de livre en série est assez rassurant pour le jeune lecteur qui retrouve toujours les mêmes personnages et qui retrouve un environnement familier. C'est une étape qui n'est pas forcément à négliger pour les futurs lecteurs de livres plus exigeants. Je garde de super souvenirs du club des cinq et des alice que j'ai du quasiment tous lire!!
Il y a tout de même une différence de qualité entre les bibliothèques roses de notre enfance et la qualité actuelle des novellisations. mais c'est vrai que dans certains cas, ils peuvent servir de tremplins pour les faibles lecteurs.
La novellisation lobotomise l'esprit créatif des dirigeants d'Hachette. Et oui, ce n'est pas tout d'avoir Bac + 5, si on aime pas les livres on les aime pas. Il est parti depuis bien longtemps l'esprit et le génie de ceux qui ont contribué à faire de la bibliothèque verte et rose la plus belle et grande collection de livres jeunesse du monde et de tous les temps.
Personnellement, je ne ferais pas lire Titeuf à mes enfants, parce que c'est nul. Du moins c'est leur avis. Déjà à l'époque Candy, ne fonctionnait pas. C'est le club des 5 ou Michel et tant d'autres, voir tous les grands classiques de la littérature, qui nous ont donné le sens et l'amour de la lecture. La découverte toujours plus complexe de personnages et de situations. Un dialogue permanent entre le monde adulte et celui de l'enfance sur 5 générations...
Et puis bientôt le numérique. Alors comment faire aimer la lecture à nos enfants s'ils ne savent même plus à quoi ressemble un livre ?
Ce livre que vous présentez est une mine d'informations. Et pourtant, il nous laisse comme une impression d'inachevé. Une petite déception, car la fin de l'ouvrage ressemble à une publicité maladroite du commanditaire.
J'espère ne pas avoir été trop long.
Chaleureusement
Priam
@Priam : Ce billet est le compte rendu d'une conférence. L'illustration du billet est une sorte de catalogue de l'exposition qui a eu lieu à la bibliothèque des Champs Libres de Rennes en 2007. Votre témoignage est intéressant et montre bien que les "vrais" lecteurs font très vite la différence entre les novellisations et les romans de qualité.