Bibliothèque rose

La création de ce blog est pour moi l'occasion de faire partager les notes que j'avais prises à l'occasion d'une conférence en 2007 aux Champs Libres (Rennes) que j'avais trouvé particulièrement intéressante. Même si les propos datent d'il y a presque deux ans, ils restent tout de même d'actualité... __ Charotte Ruffault__ est directrice de la collection La Bibliothèque rose aux éditions Hachette Conférence organisée à l’occasion des 150 de La Bibliothèque rose.

Spécificités de la collection :

  • reprendre des titres qui ont très bien marché et les « relooker » pour relancer les ventes
  • avoir un auteur phare : la Comtesse de Ségur et aujourd’hui PEF
  • tous les titres sont au même prix
  • A pour objectif de divertir, pas d’éduquer. Visée commerciale.

Aujourd'hui, la collection compte 42 séries, dont une dizaine devraient finir par disparaître.

Début 2000, la directrice de collection (dont je n’ai pas retenu le nom) a voulu introduire au catalogue des auteurs français. Mais ils ne pouvaient pas rivaliser avec les novellisations.

Aujourd’hui, il n’y a plus que des novellisations. La première novellisation remonte au début des années trente avec Minnie et Mickey !

Aujourd’hui 50% de la production jeunesse sont des séries (y compris Harry Potter…), d’origine anglo-saxonne et avec comme but le divertissement, la distraction.

Les novellisations sont donc des œuvres dérivées, déclinées à partir d’une œuvre originale (dessin animé, BD, jeu vidéo). Par cette re-création, on perd évidemment des choses par rapport à l’œuvre originale. Mais d’après Charlotte Ruffaut on en gagne aussi : pour un enfant, c’est un effort d’entrer dans l’univers d’un auteur, c’est l’inconnu, ça fait peur. Ils aiment revenir aux mêmes histoires (C. Ruffault reprenait l’exemple de l’histoire demandée tous les soirs par l’enfant bien qu’il (ou parce qu’il) la connaisse par cœur). La novellisation leur offre des histoires rassurantes car ils les connaissent déjà. Mais l’avantage de ces novellisations est de permettre à l’enfant de les vivre de l’intérieur. C. Ruffault soulignait une question très intéressante : pourquoi les enfants ont peur de s’aventurer dans des livres qu’ils ne connaissent pas ? Lire est une Aventure, pourquoi a-t-on peur de cette Aventure ? Elle-même n’a commencé à lire que très tard, après la lecture des Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, parce que cette lecture a fait écho en elle. Ce roman lui a révélé ce qu’était la lecture.

La novellisation peut faire de très bon lecteur au sens technique du terme ! Elle peut être considérée comme un bon moyen de s’entraîner à lire facilement et rapidement.

C. Ruffault soulignait également le manque de partage entre les parents et les enfants. Beaucoup ne tiennent pas leur rôle de passeur, ils ne font pas découvrir les lectures qu’ils ont aimé enfant.

Lorsque des titres anciens sont réédités, ils peuvent subir certains changements (autres que la présentation). Ils sont retraduits à partir de la version originale (ce qui n’avait pas été le cas depuis bien longtemps) et de manière à parler à des enfants du XXIe siècle (le vocabulaire peut alors surprendre). Certains textes ont pu subir des coupes (ex de Fifi Brin d’Acier) ou l’ajout de notes (le club des cinq comporte des propos racistes).

La notion d’auteur n’avait pas d’importance pour Hachette, ce qu’il l’intéressait c’était le titre, l’histoire. Lui-même corrigeait, réécrivait certains textes. Il a été l’un des premiers éditeurs à commander des romans à des auteurs (méthode anglo-saxonne). Il avait une logique de « marketing » avant l’heure, il visait la grande distribution.

On peut remarquer que les titres de la Bibliothèque rose sont présents jusque dans les petites supérettes. On les remarque aussitôt grâce à leur dos rose. Même en bibliothèque on les repère aussitôt car ils sont regroupés par séries alors que les autres livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur.

Charlotte Ruffaut notait une invasion du livre de divertissement. Fin 1970, début 1980, il y a eu une explosion de la littérature de jeunesse de création (avec l’école des loisirs entre autre). Mise en avant d’auteurs français (via les différentes collections de poche). Ces auteurs ont beaucoup été relayés par l’école mais on leur a reproché de toujours écrire la même chose : des romans réalistes, des choses du quotidien. Or l’enfant vit maintenant d’autres choses avec l’apparition de la télé, des jeux vidéo, d’Internet. Les enfants ont maintenant une __culture de l’image. __ En ce qui concerne l’écriture d’une novellisation. Un épisode d’une vingtaine de minutes doit donner un livre de 96 (dont plusieurs captures d’écrans). Les auteurs du dessin animé ou de la BD sont très exigeants et suivent de très près la novellisation de leur œuvre. Le cas de Franklin est particulier puisque se sont les auteurs du dessin animé qui ont écrit la novellisation.