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Voilà une surprise, une révélation ! Le nom de Duras résonnait en moi comme une lecture fastidieuse. Honte à moi ! La lecture de ce roman m’a littéralement envoûtée. Il faut avouer que la lecture de La Route m’avait déjà bien mis en situation !

Barrage contre le Pacifique est le récit d’une lutte perdue d’avance contre le Pacifique, contre la société, contre la vie. Tout contribue à ruiner les efforts de « la mère » qui a consacré sa vie et ses économies dans une plantation stérile. Au lieu de laisser une source de rente à ses enfants, elle les laisse ruinés, sans véritable destin. Ils ne pourront compter que sur leur intelligence et leur débrouillardise pour s’en sortir.

Tout au long du roman, le cercle ne fait que se refermer un peu plus à chaque nouvelle tentative de « la mère » pour trouver des solutions. Joseph, le fils aîné, incarne le refus de cette vie ratée, dès que l’occasion s’en présentera, il n’hésitera pas à quitter sa mère et sa sœur pour chercher une vie meilleure en ville. Et puis il y a Susanne que l’on cherche à marier, qui essaie d’obtenir de l’argent des hommes qu’elle attire sans jamais leur céder. Cette jeune fille semble dépourvue de sentiments hormis ceux, très forts, qu’elle éprouve pour son frère et sa mère.

Drôle de monde que celui que décrit Marguerite Duras où les êtres humains se désintéressent du malheur des autres, où les pauvres étouffent dans leur misère. Où la vie ne parvient plus à avoir de véritable sens, où l’espoir se réduit à voir arriver une voiture qui emmènerait les jeunes gens loin de leur misère.

Marguerite Duras décrit très bien cette noirceur sans jamais tomber dans l’abjecte. Elle rend compte d’une misère qui est devenu le quotidien des personnages et dont ces derniers ne s’étonnent plus. Texte fort, pessimiste même si les deux enfants quitte la plantation. On se doute bien qu’ils ne mèneront jamais une vie facile et qu’il traîneront éternellement derrière eux leur lourd passé et le souvenir d’une mère devenue folle face à l’acharnement du mauvais sort.