Barrage contre le Pacifique / Marguerite Duras
Par Midola le dimanche 8 février 2009, 18:42 - Romans - Lien permanent

Voilà une surprise, une révélation ! Le nom de Duras résonnait en moi comme une lecture fastidieuse. Honte à moi ! La lecture de ce roman m’a littéralement envoûtée. Il faut avouer que la lecture de La Route m’avait déjà bien mis en situation !
Barrage contre le Pacifique est le récit d’une lutte perdue d’avance contre le Pacifique, contre la société, contre la vie. Tout contribue à ruiner les efforts de « la mère » qui a consacré sa vie et ses économies dans une plantation stérile. Au lieu de laisser une source de rente à ses enfants, elle les laisse ruinés, sans véritable destin. Ils ne pourront compter que sur leur intelligence et leur débrouillardise pour s’en sortir.
Tout au long du roman, le cercle ne fait que se refermer un peu plus à chaque nouvelle tentative de « la mère » pour trouver des solutions. Joseph, le fils aîné, incarne le refus de cette vie ratée, dès que l’occasion s’en présentera, il n’hésitera pas à quitter sa mère et sa sœur pour chercher une vie meilleure en ville. Et puis il y a Susanne que l’on cherche à marier, qui essaie d’obtenir de l’argent des hommes qu’elle attire sans jamais leur céder. Cette jeune fille semble dépourvue de sentiments hormis ceux, très forts, qu’elle éprouve pour son frère et sa mère.
Drôle de monde que celui que décrit Marguerite Duras où les êtres humains se désintéressent du malheur des autres, où les pauvres étouffent dans leur misère. Où la vie ne parvient plus à avoir de véritable sens, où l’espoir se réduit à voir arriver une voiture qui emmènerait les jeunes gens loin de leur misère.
Marguerite Duras décrit très bien cette noirceur sans jamais tomber dans l’abjecte. Elle rend compte d’une misère qui est devenu le quotidien des personnages et dont ces derniers ne s’étonnent plus. Texte fort, pessimiste même si les deux enfants quitte la plantation. On se doute bien qu’ils ne mèneront jamais une vie facile et qu’il traîneront éternellement derrière eux leur lourd passé et le souvenir d’une mère devenue folle face à l’acharnement du mauvais sort.
Commentaires
bon billet même si je passe mon tour! trop pessimiste peut-être!
C'est en effet un roman un peu dur. Je l'avais lu à la suite du roman de Cormac McCarthy, La Route, roman dont j'ai mis des semaines à sortir. Un chef d'oeuvre ! Et le roman de Marguerite Duras est vraiment à lire !
Tu penses bien que si tu commences à parler de Marguerite Duras, je vais "squatter" ton blog pour un moment !
Oui, le roman de Duras est fort, de la perte totale qu'il décrit.
Je ne me souviens plus si bien du Barrage, mais il pose quelques jalons autobiographiques que M.D. va ressasser toute sa vie, pour dans un même livre, L'Amant, dire à quelques pages d'écart : "ils sont morts depuis longtemps maintenant. La mère et les deux frères. je ne les aime plus", et "nous avons aimé notre mère au delà de l'amour".
Il faut lire Duras, pas seulement le Barrage, mais l'Amant, evidemment l'Amant !, et Moderato Cantabile, et Le marin de Gibraltar (une des plus belles histoires d'amour), et Le Ravissement de Lol. V. Stein...
La mère est brisée dans son œuvre, brisée par la société, et eux, les enfants, qui assistent au spectacle de cet effondrement, appartiennent à la société qui la brise, malgré cet amour insensé qu'ils lui portent. Il y a des phrases à pleurer chez Duras.
Fin de l'envolée de Stef !
Je me méfie de Duras... L'amant de la chine du Nord, excellent mais 10 heures et demi du soir en été... Soporifique. Et celui ci semble un peu trop pessimiste pour moi. Et Dickens, comment va -t-il ? Et toi, comment vas tu ? je ne te vois plus sur mes pages ?!
Pessimiste mais beau ! Et pour répondre à tes questions : Dickens a bien avancé (mais je n'ai pas trouvé beaucoup de temps pour lire pendant mes vacances) et je reviens vite visiter ton site mais je ne suis rentrée qu'hier midi avec plein de choses à faire !te ! Bises.
J'adore ce roman que je viens de relire car j'ai vu le film et je n'ai pas trouvé les critiques très justes. Par contre l'enfance de Marguerite Duras et cette personnalité hors du commun ont fait de cette femme une belle âme d'écrivaine. J'adore Marguerite Duras !!!
C'était le premier roman de Duras que je lisais, mais ça m'a vraiment donné envie de continuer !
Le frère s'appelle Joseph, pas John. La mère n'est pas un personnage si exemplaire que ça, si on regarde bien. Ce serait plutôt "un monstre dévastateur", qui impose une sorte de tyrannie affective. Même si elle fait beaucoup pour ses enfants, elle ne les laisse pas s'émanciper. La mort est autant une souffrance qu'une délivrance pour Joseph et Suzanne...
Merci pour la correction du nom du frère (ça m'a permis de corriger d'autres fautes du coup ;-) Je suis tout à fait d'accord avec toi quant au portrait de la mère. Elle tente de tout diriger sans se rendre compte qu'elle étouffe ses enfants et qu'elle contribue à leur malheur.
comment un barrage contre le pacifique peut il etre à la fois l'épopée lamentable de la mère et un roman universel, éternel?
C'est le premier Duras que j'ai découvert... Je croyais, à tors, que ce serait fastidieux. J'avais beaucoup aimé!
@Allie : C'est pareil pour moi. Une belle découverte, faite assez tard dans ma vie de lectrice !