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J’avais commencé La petite fille de monsieur Linh il y a quelques années, lorsque celui-ci était en lice pour le Goncourt, mais j’avais du le céder à une lectrice de la bibliothèque où je travaillais avant de l’avoir terminé (ah ! la conscience professionnelle…). Et cet après-midi, je tombe sur ce roman que j’avais oublié. En quelques heures, j’ai pu enfin connaître le fin mot de l’histoire de ce vieux monsieur Linh !

Parler de ce livre sans en dévoiler l’histoire est difficile. La petite fille de monsieur Linh est vraiment un roman magnifique, très émouvant. Monsieur Linh est un vieux monsieur qui arrive comme réfugié dans une ville dont on ne connaît pas le nom. Il arrive dans ce nouveau pays avec sa petite fille qui n’a que quelques semaines et sur laquelle il veille avec toute l’attention dont il est capable. Le lecteur suit avec angoisse l’évolution de ce monsieur dans cette nouvelle société dont il ne parle pas la langue. Les choses évoluent d’une manière si étrange pour lui, qu’on ressent une véritable angoisse, jusqu’à ce qu’on comprenne enfin qui est ce Monsieur Linh.

Ce qui est formidable dans ce roman, c’est l’écriture de Philippe Claudel. Il parvient à transcrire la lenteur de ce vieux monsieur à travers le rythme de son écriture. Des phrases courtes se succèdent, comme les gestes lents de monsieur Linh dans ce nouveau monde où il ne comprend rien.

« La soupe est comme l’air de la ville qu’il a respiré en descendant du bateau. Elle n’a pas vraiment d’odeur, pas vraiment de goût. Il n’y reconnaît rien. Il n’y trouve pas le délicieux picotement de la citronnelle, la douceur de la coriandre fraîche, la suavité des tripes cuites. La soupe entre dans sa bouche et dans son corps, et c’est soudain tout l’inconnu de sa vie nouvelle qui vient en lui. »

Ce livre mériterait une seconde lecture, une fois que l’on sait qui est ce vieux monsieur Linh…