Je mourrai pas gibier / Alfred et Henri Meunier
Par Midola le dimanche 26 juillet 2009, 07:00 - BD - Lien permanent

Il y quelques années, on a beaucoup entendu parler du roman de Guillaume Guéraud : Je mourrai pas gibier. On en avait beaucoup entendu parler parce que ce roman appartient à la catégorie des « roman violents ». Fallait-il l’acheter pour nos bibliothèques ? Fallait-il le laisser lire à nos ados ? Hélas ! J’en ai beaucoup entendu parler mais je n’ai jamais eu l’occasion de le lire, aucune des bibliothèques dans lesquelles j’ai travaillé ne l’ont acheté… Aujourd’hui, ce n’est donc pas du roman dont je vais parler, mais de son adaptation BD qui est sortie il y a peu. Cet album a été un véritable coup de cœur !
En quelque mot, il s’agit d’un adolescent, qui le jour du mariage de son
frère, tire sur les invités et sur les mariés. Il y a évidemment des raisons à
ce geste de folie et la BD va nous faire découvrir l’univers dans lequel a
évolué ce jeune garçon. Un univers qui donne des frissons et que les dessin
d'Alfred reproduit à la perfection :

L’histoire est extrêmement violente, à un tel point que le dessinateur n’a même pas essayer de représenter ces scènes d’horreur, une vignette toute noire exprime l’inimaginable. Une BD extrêmement forte.
Commentaires
D'accord avec toi pour la bande dessinée, le dessin d'Alfred rend parfaitement le climat du roman.
Par contre, il FAUT lire le roman de Guillaume Guéraud, 1er titre de la collection "noir" doAdo au Rouergue.
Le roman, lu en deux heures, m'avait laissée hagarde...
Il y a une telle violence, et aussi une telle sécheresse dans l'écriture, l'auteur frappe fort et juste.
Impossible d'oublier ce roman, et le sentiment de malaise qu'il provoque.
Sur le débat "faut-il l'acheter en bibliothèque ?" ma réponse est oui, définitivement, puisque notre métier comprend justement (et l'on devrait le rappeler plus souvent...) cette part de médiation des œuvres difficiles. Si l'on ne trouve pas ce roman en bibliothèque, alors où ???
@Stef : Si j'ai bien compris, la prochaine fois que je vais en librairie, je suis obligée de repartir avec ce roman... Bon, d'accord.
t'as tout compris ; )
@Stef : Bon, tu vas être contente, je viens de dévaliser ma librairie préférée (que tu connais d'ailleurs ;-) et je suis repartie, entre autre, avec le roman de Guillaume Guéraud ! J'espère que tu es fière de toi !
Midola, c'est dingue, je l'ai lu la semaine dernière ! (Et mon mari aussi). Et j'avais prévu de le chroniquer sur mon blog d'ici peu. Par contre, je n'ai pas lu le roman mais je sais qu'il est à la bibliothèque. Violence oui, mais elle est chez le frère et le méchant garçon qui tabassent ce pauvre innocent simple d'esprit !
Je n'ai pas lu ce roman de Guillaume Guéraud ni la BD. J'ai lu un des derniers : "La brigade de l'oeil"... Bref, je ne travaillais pas encore en bibliothèque lorsque le roman a fait débat, mais je travaille aujourd'hui dans une bibliothèque qui ne l'a pas acheté. J'avoue que je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous sur le fait que si on ne trouve pas ce roman dans une bibliothèque on peut se demander où le trouver. Et je comprends tout à fait que l'on puisse se refuser à l'acheter. Maintenant, je ne l'ai pas lu et ne me permettrais pas d'aller plus loin dans la critique...
@Catherine : Il y a deux formes de violence dans cette histoire : celle gratuite du frère et de son copain qui passent à tabac le simple d'esprit pour se défouler. Et il y a aussi la vengence-folie du personnage principal.
@Mimi : Maintenant que j'ai lu le roman, je dois avouer que je ne suis pas certaine qu'il fallait en faire toute une polémique. Certes, il y a des passages assez violent. Mais c'est extrêment bien écrit. C'est un roman de qualité, qui aborde un sujet intéressant et que les grands ados peuvent lire sans problème. Après tout, le dernier tome de Harry Potter est loin de se passer au pays des Bisounours et de jeunes enfants les lisent sans être traumatisés ensuite. En tout cas, je pense lire d'autres titres de Guillaume Guéraud !
Une réaction, encore, à propos de trouver ce livre en bibliothèque ou non... et sans vouloir tenir mon point de vue "à tous prix"
D'abord ce livre est bien écrit, d'une grande qualité "littéraire" (encore que l'on pourra me demander qui je suis pour juger de la qualité littéraire d'une œuvre...à raison !)
Mais surtout, les bibliothécaires sont prévenus du fait qu'il s'agit là d'un récit difficile, et noir, et d'une violence certaine ; ils connaissent les fonds de leurs établissements et sont, donc, à même d'en parler, de faire leur travail de médiation, de le mettre en résonance avec d'autres œuvres. Bref, ils sont en mesure d'intellectualiser cette violence brute. Et je crois, vraiment, que c'est là l'essence de notre travail : rendre lisible le monde, le mettre en mots. (alors, oui, après on peut en arriver à croire que la bibliothéconomie relève du sacerdoce... je vais bien, je vous rassure... mais, en toute "humilité", j'ai un profond respect et une haute opinion du travail des bibliothécaires...) fin de l'envolée lyrique !!!!
@Stef : Je pense que de tels récits peuvent apporter beaucoup plus de choses que bon nombre de romans incipides que l'on publie. C'est une bonne piste de discussion du coup.
Lire Guéraud.
L'avoir en bibliothèque.
Jouer son rôle de passeur.
Mais les polémiques autour de cet auteur sont bien plus anciennes, du temps de Cité Nique le Ciel, Coup de sabre (fabuleux celui-là, mon préféré jusqu'à présent, beaucoup plus riche que Je mourrai pas gibier).
La violence en littérature n'est pas chose nouvelle, qu'elle s'adresse à des adolescents choque aujourd'hui parce qu'il existe une littérature spécialisée jeunesse pléthorique ; comment faisaient nos grands-parents alors qu'ils n'avaient pas tout ce choix, s'interdisaient-ils de lire autres choses ?
Se battre contre toute forme de censure.
Chez Guéraud la violence n'est pas gratuite, elle est toujours contextualisée, mais c'est sa description crue qui choque, qui gêne, qui dérange...
@Jean-François : J'aime beaucoup Guillaume Guéraud. Ses textes sont forts mais la violence n'est effectivement pas gratuite. Et comme le dit Annie Rolland dans "Qui a peur de la littérature ado", jamais elle n'a vu dans son cabinet de jeune traumatisé par une lecture. Les ados ont besoin de "chocs" littéraire, de faire des expériences par ce biais-là. Et si ça les dérange, ils ont toujours la possibilité de refermer le livre et de passer à autre chose !