Interview de Julien Tixier et Gaël Dubreuil
Par Midola le vendredi 8 juin 2012, 08:32 - Interview - Lien permanent
Il y a peu de temps, je vous présentez l'album ''Lucas & le parfum voyageur'', aujourd'hui, j'ai la chance de laisser la parole à ses créateurs : Julien Tixier son illustrateur et Gaël Dubreuil son auteur. Merci à eux d'avoir accepter de jouer le jeu de l'interview !

1. Lucas & le parfum voyageur est votre deuxième album jeunesse. Contrairement au Vieux qui avait un grain dans la tête qui avait été préalablement écrit par Dorothée Piatek, celui-ci est vraiment né d’une collaboration avec Gaël Dubreuil. Pouvez-vous nous raconter la naissance de ce projet ?
Julien Tixier : J’ai toujours aimé développer des univers, réfléchir à des histoires, écrire. Alors j’ai pris un peu de recul ces deux dernières années avec l’édition, où je m’étais plus concentré sur des travaux de commandes, pour travailler tout ça.
Puis j’ai rencontré Gaël et on s’est aperçu que l’on pouvait avoir une vraie complicité créative donc on s’est mis à travailler sur des scénarios. Au milieu d’autres projets sur lesquels on planchait, j’ai eu envie, un peu comme une récréation, de faire un album avec des animaux sympathiques, pour la petite enfance. Je ne suis pas très à l’aise pour ma part dans ce registre d’écriture. Celle de Gaël colle parfaitement à ce genre. Donc j’ai passé commande… Au milieu de nos discussions, j’ai proposé de faire une histoire qui parle de sentiments, d’une relation forte. Pour l’idée de la quête d’un parfum, je ne sais plus qui de lui ou de moi a eu l’idée car c’est un échange permanent.
Gaël Dubreuil : Comme dans l’histoire de Lucas et le parfum voyageur, la notion de rencontre est essentielle. Entre Julien et moi, il y a plus qu’une relation d’illustrateur à auteur, nous créons vraiment ensemble. Julien m’avait parlé de son désir de renouer avec l’édition jeunesse, j’avais très envie de relever le défi, car l’écriture pour enfant est très exigeante : en quelques phrases, il faut arriver à donner un sens, une émotion, une poésie.
Avant de commencer un projet, nous échangeons beaucoup sur des idées, des univers et aussi sur notre vécu. On essaye d’évoquer ce qui nous touche, partant du principe que le personnel a souvent une résonnance universelle. L’échange se poursuit sur les textes et les images, dans un continuel ping-pong, jusqu’à ce que nous tombions d’accord. Ce voyage, nous l’avons fait ensemble.
2. Je ne connaissais pas l’existence du Panda roux. Comment avez-vous choisis cet animal, héros de votre livre ?
Julien Tixier : Souvent on nous dit que nous avons inventé un animal bien sympathique. Mais il existe vraiment. Nous avons choisi le panda roux car il est exotique, original, petit et mignon. Lorsque nous pensons à ce genre de héros, nous recherchons l’animal, qui, stylisé, soit presque une peluche. Mais une peluche craquante. J’étais sûr qu’il ferait craquer les filles… D’ailleurs j’ai fait cet album pour faire craquer les filles ! Disons-le clairement ! Nous allons pouvoir tester cela lors de nos dédicaces…
Gaël Dubreuil : C’est Julien qui a pensé à ce petit animal, que peu connaissent en effet. Quelques lecteurs nous ont dit l’avoir vu aux zoos de Royan ou de Lille. Lui aussi une espèce menacée, il est moins médiatisé que son homonyme, le grand panda. Pourtant, il est célèbre, les nombreux utilisateurs du web Mozilla Firefox ne savent souvent pas que l’emblème du navigateur internet est le panda roux (et non un renard).
3. Et pour les autres animaux ? Les avez-vous choisis par affection ou parce qu’ils symbolisent certains continents ?
Gaël Dubreuil : Le choix des animaux se fait à la fois en fonction de nos envies et des besoins de la narration. Les personnages de l’éléphant ou du kangourou sont, par exemple, liés à l’histoire. A contrario, les ours blanc ont été une proposition de dessin qui a nourri le texte. Là encore, il y a un ping-pong qui se fait entre Julien et moi.
Ils n’ont pas été pensés en symbole des continents, et pourtant, c’est pour répondre au mieux à cette invitation au voyage, à la richesse et la diversité des rencontres. Le récit ne se passe pas en un lieu défini, si ce n’est celui de l’imaginaire et de la poésie. Rien de ce qui est évoqué n’est palpable, comme un parfum.
Julien Tixier : Oui, c’est pour moi un album sur le bonheur en général, les moments magiques, les moments volés et souvent aussi les moments perdus. Ce n’est pas un album sur l’amour dans son unique sens de « sentiment amoureux ». Il y a pour moi une mélancolie évidente derrière le texte.
En faisant l’album, j’ai souhaité, comme l’indique ma dédicace en début du livre, raconter une histoire qui m’était personnelle. Gaël est parti sûrement et nécessairement d’un autre point de départ. Après on a touché un thème universel, c’est évident. Mais il n’y a pas, à l’origine, de recherche de symboles, comme les continents ou autres.
4. Au moment de créer les illustrations, connaissiez-vous déjà le format de l’album ? Car vous jouez avec les formats carrés ou allongés, les gros plans ou les vues lointaines…
Julien Tixier : Si on regarde mes images pour cet album ou pour mes autres publications, le graphisme prend en compte une place importante dans mes compositions : très mathématiques, aplats, lignes droites, symétrie… Mes illustrations sont souvent très structurées et calculées. Donc ça ne me pose pas de problème de jouer avec les cadrages. C’est même ce qui me plait et ce que je recherche.
Au début on était parti sur un format vertical. Et quand on a signé, l’éditeur a choisi un format horizontal, donc j’ai du retravailler et adapter tous mes cadrages. C’est juste un équilibre à retrouver. L’image des ours blancs par exemple a été dessinée une première fois en format vertical, lors de la naissance du projet, puis une deuxième fois en format horizontal pour l’album, et une troisième fois en vertical mais différente de la première, pour offrir à quelqu’un.
5. En me promenant sur le net, j’ai noté que vous participiez à des rencontres avec des élèves. Comment se passe ces échanges entre auteurs et lecteurs ? Quel plaisir y trouvez-vous ?
Julien Tixier : Nos échanges sont très bons. Rapidement je leur coupe la tête, et je les mange. Bref, des rencontres bon enfant. Comme je vais avoir des soucis, je précise : naturellement ça ne se passe pas vraiment comme ça. Avant de les manger, je les fais cuire. C’est évident.
Gaël Dubreuil : Je suis toujours surpris de la pertinence des questions et des réflexions des enfants. Ils captent souvent beaucoup de choses, parfois plus que les adultes. Ils comprennent d’ailleurs très bien le second degré, heureusement pour Julien… Ces rencontres sont en tout cas la confirmation de notre responsabilité d’auteurs à vouloir leur offrir quelque chose de qualité et en ne les prenant pas pour plus bêtes qu’ils ne sont.
6. Depuis la parution du Vieux qui avait grain dans la tête, y a-t-il eu des changements dans votre vie d’illustrateur ? Des projets réalisés qui vous tiennent à cœur…
Julien Tixier : Je pense que les changements arriveront après cet album, vu que son démarrage est très bon. Mais une carrière de dessinateur se construit quoiqu’il en soit toujours sur du long terme.
On a d’autres albums illustrés jeunesse avec des animaux dans nos cartons. Ca nous a bien plu, alors on continue encore un peu. Mais avec Gaël on travaille, et moi aussi en solo, sur d’autres projets qui ne sont pas destinés à la jeunesse. C’est vrai que la jeunesse est peut-être actuellement pour moi, la partie la plus visible et médiatisée de mon travail, mais je travaille sur bien d’autres choses : la Bd me fait de l’œil de plus en plus. Donc je planche là-dessus régulièrement pour proposer quelque chose de cohérent. Et actuellement je dessine des storyboards pour la publicité et le cinéma.
De toute façon, lorsque je crée mes projets, je ne choisis pas leur mode de « reproduction ». C’est quand j’avance dans leur réalisation, que je choisis celui qui convient le mieux à leur aboutissement. Par exemple, ce que je voulais raconter par le biais de Lucas et le parfum voyageur aurait très bien pu être raconté dans une BD adulte, dans une autre forme, avec une histoire différente. Mais j’ai pensé que la forme de l’album jeunesse était la plus pertinente pour cette histoire.
Je dissocie toujours ces trois choses : ce que je veux raconter, l’histoire qui va me permettre de le faire, et en fonction de celle-ci, son mode de production.

Commentaires
très intéressant cet interview, belle carrière en perspective
@Gambadou : C'est toujours intéressant de découvrir l'envers du décors. J'espère que d'autres albums verront le jour car j'aime beaucoup les illustrations de Julien TIxier.