Pour ceux et celles qui suivent régulièrement ce blog, je n'ai plus besoin de vous présenter Jeff Sourdin, l'auteur de Ripeur et de Clan des poissards. Il a très gentiment accepté de répondre à une seconde interview (la première se trouve ici) et je l'en remercie vivement !

Ripeur clan des poissards

1. Ce qui m’a beaucoup marqué et plu dans vos deux romans, c’est la richesse de votre écriture. Richesse de vocabulaire, jeux de mots, rimes et rythme… D’où vous vient cet amour des mots et plus largement de l’écriture ?

L’amour des mots et le désir d’écriture remontent à l’adolescence. Un besoin de fiction et d’évasion proche de ce que ressent mon personnage dans Ripeur lorsqu’il dit qu’on manque d’histoires… La fiction (cinéma et littérature) me nourrit, j’en ai besoin pour vivre. Ce qui est assez paradoxal, c’est que mes deux romans sont plutôt rivés au réel. Paul Auster est un auteur qui m’a donné envie d’écrire des histoires. En ce qui concerne l’écriture, c’est vrai je suis sensible à une certaine musicalité du texte, à un rythme fait de répétition de sons (allitérations et assonances). Ce qui m’intéresse, c’est qu’une phrase sonne juste et que les mots résonnent entre eux, se répondent pour créer des images.

2. Lorsque vous écrivez, avez-vous besoin de beaucoup travailler vos textes ou cela vous vient-il très naturellement ?

Besoin de beaucoup travailler… Il n’est pas rare que la version finale soit la dixième version du même passage. J’ai le sentiment d’être un artisan lorsque j’écris, je défais et refais énormément. Je donne la priorité au récit, à l’ossature du livre, j’avance l’histoire le plus loin possible en sachant très bien qu’ensuite j’aurai presque tout le texte à reprendre.

3. Les bibliothèques et les bibliothécaires occupent beaucoup de place dans vos deux romans. Quel utilisateur de bibliothèque êtes-vous ?

C’est vrai, c’est une très bonne observation. Je suis un usager fidèle des bibliothèques (actuellement celles de la ville de Paris) et j’ai toujours apprécié ces lieux de refuge. Cette relation s’est sans doute construite à l’enfance car, n’ayant pas beaucoup de livres à la maison, nous allions toutes les semaines à la bibliothèque de Fougères. Les bibliothèques ont aussi été très importantes lors de mes études, j’y ai passé beaucoup de temps à étudier, écrire, rêvasser… J’ai même travaillé une année aux emprunts à celle de la section STAPS de Rennes 2.

4. Le Clan des poissards est l’histoire d’une amitié entre quatre amis. Comment avez-vous créé ces personnages ?

Je n’ai pas le sentiment d’avoir créé grand-chose mais plutôt que les personnages sont venus à moi de leur propre initiative… Ils sont un mélange d’amis proches, de parts de moi et de fantasmes. Comme dans Ripeur, ce sont eux qui ont dicté l’histoire. Tout part d’eux.

5. L’histoire de la ville de Rennes occupe une place importante dans votre roman, comment avez-vous travaillé cet aspect de votre livre ?

D’abord par la mémoire, les lieux ou événements qui m’ont personnellement marqué (certaines enseignes, les résultats du Stade ou l’arrivée du métro par exemple), en me documentant et en effectuant des recherches pour ce que je ne connaissais pas (le quartier de la Poterie, les Champs-Libres…) et aussi par la discussion en interrogeant la mémoire de proches (la fac de Ker Lann, l’usine Citroën de La Janais…). Je voulais un mélange des genres, mêler la petite et la grande histoire, parler du Stade rennais et du cinéma l’Arvor, des jours de pluie et des nuits blanches, du périphérique et de la rue St-Michel tout en évoquant le passage à l’an 2000, le 11 septembre, l’euro, la crise boursière…

6. P 196, Trotski essaie de choisir 100 mots qu'il sauverait si la langue française venait à disparaître. Je n’irai pas jusqu’à vous demander la liste de vos 100 mots mais y en a-t-il que vous aimez particulièrement ? Pourquoi ?



Les mots qui sonnent bizarrement (hurluberlu, nonobstant, facétieux, équevilles…) ou les mots poétiques qui invitent à l’écriture (abysse, éphémère, aurore, cotonneux…). J’aime aussi beaucoup « riper » évidemment.

7. Petit clin d’œil aux blogueuses présentes au Festival Rue des livres : Maintenant que vous avez découvert les romans de Sorj Chalandon, je suis curieuse de connaître votre sentiment sur votre lecture de Mon traître.

J’ai trouvé que le point de vue du traître (Retour à Killybegs) était bien plus intéressant que celui du trahi (Mon Traître). Le personnage du luthier ne m’a pas transporté autant que celui de Tyrone Meehan.

8. Et je ne peux m’empêcher de vous demander quels ont été vos derniers coups de cœurs littéraires ces derniers mois ?

Pierre Cendors (L’homme caché), Pierre Bergounioux (Miette), Pierre Autin-Grenier (tous ses livres) et Dominique Fabre (tous ses livres).

9. Enfin, je ne peux conclure cette interview sans vous demander si vous avez déjà un nouveau projet littéraire.

Oui mais je n’ai presque rien écrit pour l’instant.