Midola's blog

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mardi 9 mars 2010

Je suis une fée (mais pas tout le temps) / Pierre Grosz et Elsa Oriol

je suis fée

Un petit album sur les fées rien que pour le plaisir ! Une petite fille se rend compte qu’elle parvient à transformer des choses certains jours. Elle s’amuse alors à changer les coccinelles de couleur ; mais lorsqu’elle veut transformer la modeste robe de sa meilleure amie le jour d’une grande fête, rien ne se passe…

Si je n’ai pas trouvé le texte sensationnel, j’ai beaucoup aimé les illustrations d’Elsa Oriol pleines de douceur et de poésie. Un joli album sur les thèmes des fées et de l’amitié, un album qui fait du bien en somme.

Elsa Oriol est d’ailleurs l’illustratrice (notamment) de deux autres albums que j’aime beaucoup : Dix petits poussins et La Nouvelle. Je vous laisse visiter son site Internet et découvrir son magnifique travail !

Je suis une fée (mais pas tout le temps) / Pierre Grosz et Elsa Oriol aux éditions kaléidoscope

Et un deuxième album dans le cadre du challenge "Je lui aussi des albums" organisé par Hérisson08.

Je lis aussi des albums

mercredi 24 février 2010

Y a une pie dans l'poirier… / Martine Bourre

Je lis aussi des albums

Ya une pie J’inaugure aujourd’hui mon challenge « Je lis aussi des albums » avec une illustratrice, une collection et une maison d’édition que j’apprécie énormément : un album de Martine Bourre, publié dans la collection « A petits petons » aux éditions Didier Jeunesse. Cette collection remet au goût du jour les comptines de notre enfance en leur offrant de magnifiques illustrations et en inventant des suites à ces ritournelles. Après Ainsi font, Ah ! les crocodiles, Une poule sur un mur… c’est au tour de Y a une pie dans l'poirier d’être mis à l’honneur. Pour cela, Martine Bourre a abandonné sa technique de collage (je vous renvoie à son album Le Loup et la mésange pour découvrir cette technique) pour celle de la peinture. Comme pour le loup et la mésange, elle a choisit d’utiliser le livre dans toute sa hauteur pour représenter les arbres dans toute leur grandeur. Avec une palette très chaude, Martine Bourre nous donne à voir la nature sous ses plus belles couleurs !

A lire et à chanter à tue-tête toute la journée !

"Y a une pie dans l'poirier, j'entends la pie qui chante.
Y a une pie dans l'poirier, j'entends la pie chanter.
J'entends, j'entends, j'entends la pie qui chante,
J'entends, j'entends, l'entends la pie chanter."

Y a une pie dans l'poirier / Martine Bourre aux éditions Didier Jeunesse

samedi 20 février 2010

Challenge "Je lis aussi des albums"

Je lis aussi des albums

Encore un petit nouveau ! Cette fois-ci, c'est Hérisson qui nous propose de s'intéresser de plus près aux albums :

Alors lançons nous en coeur dans un nouveau challenge, aux règles simples et avec plusieurs niveaux de difficultés :
Je lis aussi des Albums : (fin en décembre 2010)
Baby Challenge : Lire au moins 2 albums
Petit Challenge : Lire au moins 11 albums (soit un par mois, mais sans date, vous pouvez bien sur tous les lire en mars!)
Big Challenge : Lire au moins 24 albums

Pour plus de détails, je vous renvoie bien évidemment au billet de Hérisson.

mercredi 3 février 2010

Scritch scratch dip clapote ! / Kitty Crowther

mercredis_de_l_album.jpg

Pour cette troisième édition des Mercredis de l’album, nous avions le choix entre deux illustrateurs récompensés par le prix Baobab au salon du livre de Montreuil en décembre dernier : Kitty Crowther pour Annie du lac et François Place pour La Fille des batailles.

Je dois avouer que ce sont deux illustrateurs que je n’affectionne pas particulièrement mais qui rencontrent un vif succès. Mon choix s’est assez vite fixé sur Kitty Crowther car j’ai eu la chance de voir une expo avec les originaux de Mon ami Jim et Moi et rien et parce que je raconte régulièrement ses albums. Eh oui, les enfants sont très sensibles à ses illustrations si particulières !

Scritch scratch

Les illustrations de Kitty Crowther sont très facilement reconnaissables car elle utilise des crayons de couleurs ! Autre particularité de cette illustratrice, elle affectionne particulièrement le noir. Pour l’album, j’ai choisi Scritch scratch dip clapote, parce que j’ai déjà traumatisé plusieurs enfants avec cette lecture ;-)

Pour résumer brièvement, c’est l’histoire d’une petite grenouille qui a peu de la nuit car dans son lit, elle entend de drôles de bruits « Scritch scratch dip clapote »… Scritch scratch fait la taupe, diip ! fait l’oiseau de nuit, et clapote fait le poisson qui bondit et replonge dans l’eau.

L’illustration est très sombre puisque ça se passe la nuit et qu’elle parle des peurs de la nuit. Kitty Crowther use largement du crayon noir, comme on peut le voir sur la couverture du livre. Ses dessins marquent vivement les jeunes lecteurs qui souvent vivent l’histoire en même temps que la petite grenouille. Je dois avouer que lorsque je la lis, je m’assure que tous les enfants ont bien compris ce qui faisait « Scritch scratch dip clapote » lorsque je vois certains visages un peu crispés… Mais je vous rassure, très souvent les enfants me réclament cet album ! Les enfants aiment se faire peur !

Alors

Et puis, je voudrais également des albums que Kitty Crowther publie pour les tout-petits. Des albums comme Alors ? qui hypnotisent les enfants entre 1 et 3 ans. Une salle où les jouets arrivent les uns à la suite des autres en demandant s’il est là. La salle se remplit jusqu’à ce que le petit garçon arrive et se couche avec tous ses jouets. Les illustrations sont très simples et parlent très bien aux petits, ils attendent alors de savoir qui doit arriver ! Un album qui m’a beaucoup surprise le jour où je l’ai raconté pour la première fois. Je ne m’attendais pas à une telle attention de la part de mon très jeune lectorat. Depuis j’ai renouvelé plusieurs fois l’expérience et ça marche à tous les coups !

samedi 9 janvier 2010

Le Pompier de Lilliputia / Fred Bernard et François Roca

Pompier de Lilliputia

Comme tous les ans (ou presque), j’ai craqué pour le dernier album des deux compères Fred Bernard et François Roca. Impossible de résister aux magnifiques illustrations de Roca et à l’univers toujours magique des récits de Fred Bernard. Après nous avoir conté les histoires incroyables de Jésus Betz, un homme-tronc, de l’Homme Bonsaï qui se transforme en arbre ou de Uma, la petite déesse (et toutes les autres que je me retiens, tant bien que mal, de vous citer) Fred Bernard et François Roca nous dévoile l’histoire vraie de Henry MacQueen, un garçon lilliputien devenu le chef d’une brigade de Pompier à Lilliputia, sorte de Parc d’attraction où ne vivent que des nains.

Mais la vie de Henry n’a pas toujours été facile, surtout lorsqu’il lisait du mépris dans le regard de son père. Henry nous montre qu’il ne faut pas hésiter à prendre sa vie en main et que quelle que soit sa différence, on peut réussir dans la vie et trouver sa place.

L’écriture de Fred Bernard nous embarque aussitôt dans l’histoire et nous fait voyager au milieu des somptueuses illustrations de François Roca. Je crois qu’il est l’illustrateur qui me fascine le plus. Je suis toujours comme hypnotisée par ses peintures et je les reconnais toujours au premier coup d’œil. Bon j’arrête ici mon éloge. Vous aurez compris : achetez-le, lisez-le et offrez-le ! (l’album, pas Roca…)

Le Pompier de Lilliputia / Fred Bernard et François Roca aux éditions Albin Michel

Et ça vous étonne si je vous dis que j'ai le calendrier avec les illustrations des albums de Fred Bernard et François Roca dans le salon ?

mercredi 2 décembre 2009

Le Géant aux oiseaux / Rebecca Dautremer

Mercredis de l'album

Pour cette deuxième édition des Mercredis de l’album, nous avions le choix entre deux grands noms féminins de l’illustration jeunesse : Martine Bourre et Rebecca Dautremer. Connaissant bien le travail de Martine Bourre puisque j’ai travaillé il y a deux ans avec les maternelles sur les originaux du Petit cochon têtu et que j’ai déjà publié un billet sur Le Loup et la mésange, mon album préféré, j’ai décidé de m’intéresser de plus près au travail de Rebecca Dautremer.

J’ai eu beaucoup de mal à arrêter mon choix sur un titre. Tous sont vraiment magnifiques ! J’ai surtout hésité entre Cyrano et Le Géant aux oiseaux. Si c’est le second qui l’a emporté, c’est tout simplement parce que j’associe surtout les illustrations de Rebecca Dautremer aux couleurs chaudes : rouges et oranges. Cyrano a des illustrations plus froides, dans les bleus et gris.

géant aux oiseaux

Le Géant des oiseaux est une histoire simple et belle. Un géant vit seul, rejeté par tous les habitants du village. Mais un jour, il recueille un jeune oisillon et lui offre sa protection. A partir de ce jour, le Géant ne sera plus jamais seul et sera l’ami des oiseaux.

Rebecca Deautremer utilise très souvent la gouache. Dans le Monde des livres du vendredi 27 novembre, elle explique que grâce à cette technique, « l’image se construit en se densifiant, en montant ». Ses tableaux sont ainsi pleins de reliefs et de profondeurs.

L’adjectif qui me vient aussitôt à l’esprit quand j’observe les illustrations de Rebecca Dautremer, c’est « aérien ».

Aérien parce que l’illustratrice tourne autour des personnages en nous les présentant tantôt en contre-plongée, tantôt vus de haut ou de dos. Bref, les compositions varient et donnent du dynamisme à l’album. Ainsi, le Géant peut-il nous apparaître gigantesque lorsqu’il est peint en contre-plongée, tandis qu’un portrait lui donnera une apparence plus humaine.

Aérien aussi parce que Rebecca Dautremer insère presque systématiquement des feuilles ou des pétales qui volent autour de la composition. La nature est présente partout et ajoute de la poésie, de la légèreté même aux passages les plus tristes. Dans Le Géant aux oiseaux, ce sont surtout des feuilles et des oiseaux qui voltigent à chaque page, venant compenser le côté imposent du géant.

Et puis, les illustrations de Rebecca Dautremer, c’est aussi le plaisir d’observer tous les détails comme la petite souris appuyée sur le pied du Géant.

Le Géant aux oiseaux / Rebecca Dautremer aux éditions Gautier-Languéreau, 2000

Vous trouverez des liens vers d'autres blogs et d'autres albums sur le site des Mercredis de l'album.

lundi 12 octobre 2009

Jean & Jeanne / Yves Pinguilly, ill. par Aurélie Blanz

Jean et Jeanne

Ce conte est une adaptation d’un conte des frères Grimm paru sous le titre « Jorinde et Joringel ». Un récit qui rassemble tous les ingrédients pour faire un beau conte : une affreuse sorcière, des amoureux, des sortilèges. Une vieille et hideuse sorcière a l’habitude de transformer les belles jeunes filles en oiseaux et de les enfermer ensuite dans une petite cage qu’elle garde précieusement dans son château. Seulement, lorsque Jeanne est ainsi enlevée par la sorcière, Jean met tout en œuvre pour retrouver celle qu’il aime !

Un très beau conte accompagné des magnifiques illustrations d’Aurélie Blanz. Dans un style qui s’approche du travail de Rebecca Dautremer ou d’Eric Puybaret, Aurélie Blanz a choisi des couleurs chaudes et des dessins à la fois doux et vivants. Encore un coup de coeur pour ce conte que je ne connaissais pas et surtout pour ces illustrations qui nous invitent si bien à la rêverie.

Jean & Jeanne / Yves Pinguilly, ill. par Aurélie Blanz aux éditions Vilo Jeunesse

mercredi 7 octobre 2009

Anthony Browne

Mercredis de l'album

Voici notre premier rendez-vous des Mercredis de l’album. Ce mois-ci, nous avions le choix entre deux grands noms de l’illustration de livres pour enfants : Anhtony Browne et Tomi Ungerer. Le choix a été difficile… très difficile. Mais pour finir, c’est Anthony Browne qui l’a emporté, bien que je sache déjà que la rédaction de ce billet va être particulièrement difficile. Comment expliquer clairement ce que je ressens lorsque je me plonge dans son univers si particulier ?! Presque tous ses albums se ressemblent, si bien qu’on pourrait croire qu’il se répète : les mêmes singes, les mêmes bananes disséminés dans l’illustration façon « mais où est Charlie ? », la même manière de parodier les tableaux des grands peintres… Eh bien justement, c’est là que réside le génie d’Anthony Browne ! Chaque nouvelle illustration est une invitation au rêve, un entraînement intensif pour les zygomatiques, un exercice d’attention pour essayer de détecter un maximum de références. On n’a jamais fini de découvrir un nouveau détail dans ses tableaux, si bien qu’on ne se lasse pas de lire et relire ses albums. Et ça marche à tous les âges, mêmes les petits de la crèche aiment retrouver le personnage de Marcel dans les albums qui leur sont destinés (J’aime les livres, Ma maman, Ce que j’aime faire…)

Tableaux de Marcel A la médiathèque l’année dernière, j’ai reçu des classes de maternelles autour du thème des Arts. J’ai utilisé l’album Les tableaux de Marcel qui est une suite de parodie de tableaux de grands peintres (Van Gogh, Miro, Millet…). Le but de l’activité était de leur faire trouver les différences entre le vrai tableau et celui d’Anthony Browne. Les enfants se sont pris au jeu et ont étudié les détails des deux illustrations. Eh bien, même en tant qu’adulte, ça nous permet de découvrir ou redécouvrir en détail des œuvres de maître qu’on ne prend pas la peine de regarder attentivement. Reste ensuite à déterminer la version que l’on préfère !

Les époux Arnofini de Van Eyck

Epoux arnofini browne
Epoux Arnolfini van eyck



Ces deux reproductions ne vous permettront évidemment pas d’apprécier à sa juste valeur le travail d’Anthony Browne, c’est pourquoi vous n’avez plus qu’à vous diriger chez votre meilleure librairie ou médiathèque !

vendredi 25 septembre 2009

Humphrey Dumbar : le croquemitaine / Civiello

Humphrey Jimmy

J’ai eu un véritable « coup de cœur visuel » pour cette BD. Dès que je l’ai aperçue, j’ai été charmée par ce dessin qui m’a aussitôt fait pensé à l’univers de Tim Burton ou à cette atmosphère très british des ruelles de Londres au XIXe siècle (prenons comme exemple de Londres d'Olver Twist, au hasard ;-)

Mais l’histoire n’a pas du tout été à la hauteur de mes attentes. Certes, il s’agit d’un thème original, ce n’est pas tous les jours que l’on croise des croquemitaines ! Mais j’ai trouvé l’histoire un peu plate. Peut-être faudrait-il envisager une version pour très grands enfants alors ?! En tout cas, les illustrations de ces deux albums nous reposent des dessins très classiques que l’on retrouve trop souvent dans la BD jeunesse.

Pour en savoir plus sur le travail de Civiello, je vous renvoie à son site.

Vous trouverez le billet d'Emmyne ici.

Humphrey Dumbar : le croquemitaine (t.1) ; Jimmy : L’apprenti Croquemitaine (t.2) / Civiello aux éditions Delcourt Jeunesse

lundi 7 septembre 2009

Les mercredis de l’album

Une initiative intéressante proposée par Fleur : un club de lecture consacré aux illustrateurs de livres pour enfants. Elle nous offre d’ailleurs un blog spécial pour cette nouvelle activité bloguesque : Les mercredis de l’album.

Un petit copier / coller pour une brève explication et je vous renvoie au blog pour plus de détails :

"Les mercredis de l'album" visent à faire découvrir l'illustration dans l'album de jeunesse. L'objectif est d'appréhender un illustrateur à travers au minimum la lecture d'1 album. Vos impressions sont à publier le premier mercredi du mois sur vos blogs. Ici sera présenté l'illustrateur de ces deux mois en question, ainsi que la liste sous forme de liens de vos lectures.

Le premier rendez-vous aura lieu le mercredi 7 octobre et portera sur les albums de Tomy Ungerer ou Anthony Browne, deux illustrateurs majeurs de la littérature de jeunesse.

dimanche 28 juin 2009

Fleur de Neige / Régine Joséphine, ill. par Arnaud Hug

fleur de neige couv

Ce qui m’a tout d’abord attiré dans cet album, ce sont les illustrations bleues. Tout est bleu dans ce livre ou presque ; du bleu clair au bleu foncé, du bleu-violet au bleu-vert. Et pour moi qui aime cette couleur, quel bonheur ! Arnaud Hug nous livre des illustrations incroyablement douces, malgré le sujet délicat. Neige vit dans un pays où tous les habitants sculptent la neige. Seulement le jeune garçon est différent des autres, sous ses doigts, la neige fond. Son frère sait que Neige est différent et qu’il devra partir vivre ailleurs, là où la chaleur de ses mains n’abîmera pas tout. Une nuit, ce dernier rêve du lieu où Neige pourra vivre heureux, un endroit où ses mains feront pousser de magnifiques fleurs. Au réveil, il décide de partir avec son frère à la recherche de ce pays.

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De manière très subtile, cet album traite d’un sujet grave : l’avenir des adultes handicapés lorsque les parents ne sont plus là pour s’en occuper. « Fleur de Neige » a été édité en partenariat avec l’association « Perce Neige », créée par Lino Ventura en 1996. Cette association construit et gère des établissements qui accueillent des personnes handicapées mentales et polyhandicapées. Vous trouverez plus d’information sur leur site.

En conclusion, un album magnifique, une très belle histoire et une bonne cause. Trois bonnes raisons de se le procurer au plus vite !

Fleur de Neige / Régine Joséphine, ill. par Arnaud Hug aux éditons Grecko

mardi 31 mars 2009

Interview de Julien Tixier

Il y a quelques temps, j'avais présenté l'album Le Vieux qui avait un grain dans la tête. Aujourd'hui j'ai l'honneur de vous proposer un interview de Julien Tixier, l'illustrateur de ce très bel album.

  • Les informations vous concernant étant plutôt rares, je serai tentée, pour commencer, de vous demander de vous présenter en quelques mots.


Je viens d’avoir 26 ans et je suis illustrateur en freelance depuis 2004, et pas uniquement illustrateur jeunesse. Le terme « illustrateur jeunesse » me paraît restrictif et je ne sais pas trop ce qu’il signifie. J’illustre des textes qui me correspondent, sans chercher si les dessins que je dois faire s’adressent aux huit ans, neufs ans ou bien vingt, trois mois et quelques jours. Une telle classification appauvrit considérablement l’édition actuelle en la formatant. Cela voudrait dire qu’un illustrateur jeunesse ne saurait pas dessiner des textes adultes ou inversement. Je pense qu’un illustrateur doit savoir dessiner toute sorte de textes en gardant son identité. C’est là que se situe le défi. Effectivement on a forcément des affinités avec certains univers, mais un tel confinement me paraît assez peu valorisant. Pour ma part, mes dessins édités ne sont qu’une très petite partie de l’ensemble de mes illustrations. Celles qui ont lancé ma carrière portaient d’ailleurs sur les œuvres de Ionesco et de Gogol. Le problème, c’est qu’actuellement l’édition française ne publie plus ce genre de textes dits « adultes ».

  • Le vieux qui avait un grain dans la tête est apparemment le premier album que vous avez illustré, comment est né ce projet ?


C’est bien le premier effectivement. J’essaie que tous mes travaux édités aient un lien, une direction artistique commune, tant d’un point de vue graphique que narratif et de l’idée véhiculée. Je ne dessine pas juste pour dessiner. Le dessin pur ne m’intéresse pas ou si peu. Ce sont les thèmes que je peux aborder par le biais de celui-ci qui sont intéressants et qui vont participer peu à peu à une identité artistique propre. Il y a un grand travail de réflexion dans le choix de mes thèmes. Je veux que mes travaux soient reliés par un fil directeur. C’est pourquoi il m’arrive de refuser des projets. Olivier Petit, directeur des Editions Petit à petit, m’avait déjà demandé de faire des albums pour lui sans que je donne suite et puis au Salon de Montreuil 2007, je l’ai croisé avec Dorothée Piatek. Il m’a à nouveau proposé de travailler ensemble, m’a adressé le texte, et j’ai accepté car rapidement j’ai vu comment j’allais pouvoir le faire épouser mon univers.

  • Comment avez-vous abordé le travail d’illustration du texte de Dorothée Piatek ? L’image du vieil homme s’est-elle aussitôt imposée à vous ?


Le vieux a été trouvé très rapidement. Il m’a fallu exactement deux croquis et c’était bon. Je l’ai de suite imaginé barbu à la démarche sympathique mais avec surtout de la dignité. Sinon globalement, pour tout le travail d’illustration, je voulais quelque chose de très peinture et d’assez enlevé mais en allant encore plus loin que ce que je faisais avant. La difficulté importante a été de trouver des cadrages différents alors que l’histoire se déroule dans un espace restreint : un canal. Il fallait les renouveler à chaque fois tout en donnant à chacun une force narrative.

  • Au milieu de l’album vous représentez des instruments de musiques fabuleux : le vibrabois, le tricintre, le corpouette… Qui est à l’origine de ces idées ?


Dorothée pour la totalité, à part le tricintre. Il en fallait un pour boucher un trou dans la composition alors je l’ai improvisé. Pour le reste, c’est Dorothée qui m’avait envoyé des photos et plein de petits croquis. J’ai n’avais plus qu’à piocher. Cela m’a fait gagner un temps précieux.

  • Quel instrument auriez-vous emporté si vous aviez été l’un des enfants de l’histoire ?


Là, je ne peux vraiment pas vous répondre. Probablement celui qui fait le plus de bruit. Mais il faudrait que je les teste, car je ne suis pas convaincu qu’il sorte un quelconque son de tous les instruments !

  • Pour le vieux qui avait un grain dans la tête, vous utilisez l’acrylique. Utilisez-vous volontiers d’autres techniques ?


Pour des illustrations peinture, l’acrylique est ma technique favorite. Je n’aime pas la gouache. L’huile est aussi sympa que l’acrylique et presque similaire dans l’approche mais plus contraignante en raison principalement du temps de séchage. D’une manière générale, je réserve l’huile lorsque je fais des toiles. Sinon, lorsque je travaille pour des illustrations personnelles ou en vue d’autres projets je peux aussi très bien utiliser d’autres techniques : crayon, stylo, et photoshop. Ca me permet d’aborder différemment les choses et d’explorer de nouvelles voies.



  • Quelques recherches sur Internet m’ont permis de découvrir que vous aviez également réalisé les couvertures de plusieurs romans pour la jeunesse. Comment se passe ce type de travail ? Etes-vous libre de choisir le thème de l’illustration ou vous demande-t-on un travail bien précis dès le départ ?


J’ai la chance d’avoir réalisé ces couvertures pour les Editions Bayard et d’avoir travaillé avec une super directrice artistique. C’est-à-dire quelqu’un qui fait confiance à l’illustrateur, en ne le prenant pas comme un simple exécutant à qui on dirait « je voudrais un ciel gris, avec trois personnages au premier plan qui font du tricot… ». Si elle fait appel à tel illustrateur et pas à un autre, c’est pour que justement sa personnalité ressorte. C’est comme dans un restaurant : le client choisit parmi une carte, mais il n’a pas le culot d’imposer au chef ses propres plats. Mais certains directeurs artistiques l’ont. Et ça ne surprend presque personne. Moi toujours. Donc je propose librement deux ou trois pistes. Un choix est fait ensuite par l’éditeur, choix qui rejoint généralement le mien, puis je modifie et améliore deux ou trois points et je réalise la couverture.

  • Avez-vous d’autres projets liés à la littérature de jeunesse ? ou à d’autres domaines ?


Dans l’édition j’ai des projets personnels en cours mais rien de définitif. J’ai toujours aimé écrire et donc j’ai deux ou trois textes sous le coude mais qui doivent mûrir et dont je dois définir comment les illustrer et sous quelle forme. Illustration pour certains, BD pour d’autres ? Mais il y a aussi plein d’autres domaines comme l’animation par exemple qui pourrait me tenter. Tout avance pas à pas. Peut-être qu’aucun ne verra le jour, mais aucun ne se perd réellement. On rebondit sur l’un pour en créer un nouveau. Je suis aussi intervenant dans l’enseignement supérieur pour des étudiants qui ont presque mon âge. C’est une chouette expérience. Vraiment. On apprend beaucoup et on progresse plus vite.

  • Quel est l’album de votre enfance qui vous a le plus marqué ?


Je n’ai pas beaucoup lu étant enfant et je ne me souviens pas beaucoup d’albums en particulier. Je suis venu au dessin très tard vers l’âge de 16 ou 17 ans. J’ai par contre lu beaucoup de BD. Mais là aussi j’étais très sélectif. Je préférais les univers un peu sombres, allumés, exacerbés comme ceux de Loisel, Tardi, Bilal ou Yslaire. Pour moi Sambre de Yslaire est la référence. Quand la bd sort de son cadre ludique comme simple produit de divertissement pour adolescent et devient un art, elle devient Sambre.

  • Y a-t-il une question à laquelle vous auriez aimé répondre et que je ne vous ai pas posée ?


J’aimerai surtout poser une question à beaucoup d’éditeurs : accepteraient-ils de travailler pour les sommes qu’ils proposent ? Je ne veux pas casser l’ambiance mais c’est un problème qu’un jour il faudra résoudre. Parce qu’il est déjà posé depuis longtemps. Je ne tiens pas à passer pour un aigri de l'édition (car je n'ai pas à l'être) et à mes yeux ce n'est pas justement le problème de l'argent qui est important. Car quand on choisit ce métier, on sait que c'est un métier d'incertitudes ou de chance, donc il serait inutile de pleurer sur des revenus variables. Non, je tente de mettre le doigt sur un problème de respect de l'illustrateur et donc de respect de l'art et de la création en général qui n'a plus beaucoup sa place dans l'édition actuelle (à part certains éditeurs dont j'ai déjà parlé, et il y en a d'autres malheureusement peu nombreux). La façon de rémunérer est un exemple de ce non respect. Il faut savoir que pour un album nous sommes payés avec des droits d'auteur. Nous recevons un première somme sous forme d'avance sur droits (qui vont de 1500 à 3000 euros environ) avec environ 4% de droits d'auteurs que nous touchons après avoir "rembourser" cette avance sur droits. Dans ces cas, cela va encore: à nous de faire un hit pour vivre. Mais bien souvent les droits d'auteurs sont de 1,5 ou 2%. Ce qui fait que dans de nombreux cas, il faut vendre 6000, 20000 voire 30000 albums pour toucher des droits alors qu'en même temps l'éditeur nous prévient qu'il ne sera tiré que 2000 (ça arrive) ou 4000 exemplaires maximum (ce qui est déjà beaucoup). Donc il est impossible d'être rémunéré, à part les 2000 euros de départ pour 3 à 4 mois de travail. '' C'est cela que j'appelle un non respect.''

Autre exemple croustillant mais courant: j'étais en dédicace au dernier salon de Montreuil. J'avais donc un badge marqué illustrateur. Je me promène entre les stands et je m'arrête devant celui d'une grosse maison pour regarder leur catalogue. On me tombe dessus et on me dit (alors que je n'ai rien demandé!!!), que l'on ne reçoit pas les illustrateurs. Il y actuellement un énorme mépris de la part des éditeurs. Le problème, c'est qu'aucun secteur ne respectant et ne nourrissant pas ces acteurs ne peut tenir à terme. Et c'est la qualité qui en est la première victime.


Je remercie infiniment Julien Tixier pour d'avoir joué le jeu de l'interview et de nous avoir apporté son témoignage sur le métier d'illustrateur. J'espère que nous aurons très bientôt l'occasion de découvrir la suite de son travail !

lundi 30 mars 2009

Le Journal de Zoé Pilou / Christelle Guénot

Zoe_Pilou.jpeg

C’est encore grâce au prix des incorruptibles que j’ai découvert ce roman et par la même occasion la collection « J’ai la Terre qui tourne » ! Cette collection a pour objectif de faire découvrir différents pays par le biais de journaux illustrés. Dans le cas de ce roman, comme son titre l’indique ;-) c’est à Cuba que nous partons.

La mère de Zoé est partie pour se ressourcer dans son île natale de Cuba. Mais son séjour s’éternise un peu, si bien que Zoé et son père décident de partir la rejoindre là-bas. Zoé va donc découvrir le pays dont sa mère lui a tant parlé depuis qu’elle est toute petite, une île haute en couleurs et en surprises.

Ce journal est une excellente idée pour faire découvrir de manière intelligente un pays à des enfants. L’auteur a essayé de se mettre à la place d’une enfant de douze ans et de retranscrire touts ses émerveillements. Christelle Guénot a su trouver une écriture à la fois simple et entraînante. Le récit de ce voyage est agrémenté de belles aquarelles.

zoé pilou ill.

Christelle Guénot est surtout connue pour ses carnets de voyages. Je vous renvoie à son site Internet.

Le journal de Zoé Pilou à Cuba / Christelle Guénot aux éditions Mango Jeunesse, collection « J’ai la Terre qui tourne »

mercredi 18 mars 2009

Ce que lisent les animaux avant de dormir / Noé Carlain & Nicolas Duffaut

Ce_que_lisent_les_animaux.jpg

Pas besoin de longs discours pour présenter ce bel album plein d'humour. Tout est dans le titre : Ce que lisent les animaux avant de dormir.

Un exemple :

"Sur la banquise, les pingouins ne lisent que les livres sur papier glacé"

"Les paresseux ne lisent que des pages blanches"

Le tout agrémenter des magnifiques illustrations de Nicolas Duffaut :

Kangourou.jpg

Ce que lisent les animaux avant de dormir / Noé Carlain & Nicolas Duffaut, aux éditions Sarbacane

jeudi 5 février 2009

Coton blues / Régine Joséphine, ill. Oreli Gouel

Coton_blues.jpg

« Coton blues », je ne me lasse pas de prononcer ce titre à voix haute. J’aime la mélodie de ces deux mots, à la fois doux et mélancolique, à l’image du conte. Coton est une fillette africaine, achetée comme esclave par l’exploitant d’une plantation de coton. Lorsque la journée de travail est terminée, Coton se réfugie dans ses rêves. Elle de rêve de « Kunta, le vieil africain de l’autre plantation » et de Calao, « l’Oiseau Mère ». Elle rêve jusqu’à ce que le rêve et le réalité de rejoignent, jusqu’à ce que Coton disparaisse, peut-être emporté par Calao…

Le texte de Régine Joséphine est poétique, un mélange entre conte et poésie. En clôture de l’album, un poème retrace la vie de notre petite Coton. Les mots de l’auteur sont illustrés brillamment par Oreli Gouel. Coton est représentée comme une femme-enfant ; silencieuse et mélancolique, magnifique. Les illustrations, dans les tons ocres, expriment à la perfection l’univers de Coton. Des dessins, eux aussi, à la fois doux et mélancoliques. J’aime particulièrement les représentations des rêves, où le mouvement du dessin traduit le tourbillon des pensées de notre jeune héroïne.

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Coton blues est vraiment un album à part. Une thème peu courant, une écriture très poétique, une illustration très originale !

Coton blues / Régine Joséphine, ill. Oreli Gouel Editions Grecko, coll. Les contes imaginaires

Pour en savoir plus, je vous renvoie au blog de Régine Joséphine et au site d'Oreli Gouel.

lundi 26 janvier 2009

Le jardin de Tonio / Dorothé Piatek et Elodie Coudray

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Je viens de remettre la main sur un album que j’avais lu rapidement il y a quelques temps et que j’avais beaucoup aimé. Et en le regardant de plus près, surprises : plusieurs points communs avec le dernier album que je vous avais présenté, Le Vieux qui avait un grain dans la tête. Tout d’abord, il s’agit de la même maison d’édition « Petit à petit » qui, pourtant, n’a pas un catalogue très développé dans le domaine des albums. La seconde, c’est qu’il s’agit également du même auteur : Dorothé Piatek !

Dans Le Jardin de Tonio, l’auteur traite encore une fois d’un sujet pas facile mais important : les jardins ouvriers.

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ill. Elodie Coudray

Le jardin de Tonio est un véritable havre de paix au milieu de la ville. Tonio y jardine tranquillement, ramenant à sa femme des légumes et des fruits qu’elle aime partager avec les enfants du voisinage. Ce jardin est l’occasion pour tous les enfants du quartier de découvrir le jardinage, le partage et les histoires de Tonio. Seulement, ce jardin finira par être rasé pour laisser place à affreux supermarché… réduisant à néant l’existence de ce pauvre Tonio.

Encore une fois, Dorothé Piatek dresse le portrait de personnages attachants, plein d’amour et de sérénité qui marquent la vie des enfants qui grandissent autour d’eux.

Tonio_pique_nique.jpg

ill. Elodie Coudray

Cette fois-ci, l’illustration a été confiée à Elodie Coudray. La douceur de ses dessins inspirent une grande sérénité, donnant envie au lecteur de se retrouver auprès de Frida et de Tonio ! Elodie Coudray a eu la gentillesse de satisfaire ma curiosité en répondant à quelques questions; Vous trouverez son interview dans le billet suivant.

Le jardin de Tonio / Dorothé Piatek et Elodie Coudray; Editions Petit à Petit

interview d'Elodie Coudray

Elodie Coudray, illustratrice de livres pour enfants, a eu l'extrême gentillesse de répondre à quelques questions au sujet de l'album "Le Jardin de Tonio".


  • Comment est né ce projet ? Connaissiez-vous déjà Dorothé Piatek personnellement ou est-ce elle qui a pensé à vous pour illustrer son texte ?

E.C. : J'ai rencontré Dorothée Piatek en 2006, année où elle m'a offert d'illustrer le texte du "Prince au Grands Pieds" (paru l'année suivante aux Ed. Petit à Petit). L'année dernière, en rentrant du Festival de Rouen, Dorothée m'avait fait l'amitié de me laisser lire le texte d'un futur album ("Le vieux qui avait un grain dans la tête"), et elle y avait joint l'histoire de Tonio, "comme ça, pour avoir mon avis"... J'avais été extrèmement émue par ce texte, je le trouvais fort et tout simplement très beau... La belle surprise fut d'apprendre que Dorothée et Olivier Petit (éditeur des Editions Petit à Petit) avaient pensé à moi pour l'illustrer...

  • Comment s’est passée votre collaboration ? Est-ce une vision totalement personnelle de l’univers de Tonio ou bien est-ce une représentation commune à l’auteur et à vous ?

J'avoue que dans un premier temps, je m'empare du texte de l'auteur sans trop lui demander son avis: j'ai besoin de m'approprier le texte dans son ensemble et durant les semaines ou même les mois qui me sont nécessaires à faire émerger les personnages et leur univers, je ne montre pas forcément grand chose à l'auteur... J'essaie de ne pas répéter le texte mais de lui apporter un autre niveau de lecture, d'y faire éventuellement la place à une petite histoire parallèle. Quand je commence à saisir les personnages principaux, j'organise une "rencontre" avec l'auteur sous forme de croquis poussés au crayon ou à la peinture; par chance, ma vision des personnages n'a jusqu'à présent pas heurté leur parent de plume... (sourire) Souvent, tant que je ne suis pas arrivée à ce que je veux, je préfère ne rien montrer, mais j'essaie d'expliquer là où je veux aller et malgré cette phase de travail en solitaire, l'esprit de l'album se discute bien sûre avec l'auteur. Par exemple, pour "Le Jardin de Tonio", je "voyais" beaucoup de blanc (du papier)... C'était important de mon point de vue, du fait que ce récit était comme une réminiscence, comme on aurait écouté un ami nous rapporter un fait de son enfance: des images apparaissent alors et laissent d’avantage la place au ressenti et à l’imagination qu’à la précision des lieux ou des objets... C’est d'ailleurs un album sans prouesse technique, où l’illustration se couche derrière le texte. Je veux dire par là qu’en tant qu’illustratrice, je ne me suis pas attachée à "bien dessiner"; les proportions, les mains ou tout autre détail peuvent être approximatifs, ce n’était pas ma priorité. Avant toute chose, je voulais faire ressortir l’amour qui émane de cette tranche de vie, donner à sentir la tendresse, la chaleur qui réunit les êtres, quelque soit leur âge ou leur milieu… Nous ne voulions pas un fini "léché", mais des traits plus ouverts que dans "Le Prince aux Grands Pieds", que les traits de construction restent parfois apparents, que la couleur et les ombres vibrent…

Lorsqu'un duo auteur/illustrateur monte un projet ensemble, c'est un peu différent de la collaboration plus habituelle où l'illustrateur travaille avec le directeur artistique d'une maison d'édition, souvent sans rencontrer l'auteur, celui-ci découvrant parfois le livre à sa sortie en librairie... Etant dans le premier cas, Dorothée connaît mon univers et le terrain est relativement propice à la confiance quant à ce que je ferai de ses mots; on peut dire qu'elle me laisse le champs libre... Dans les images du "Jardin de Tonio", la vision de son univers m'est propre, mais elle est passée au crible des mots de Dorothée, alors il y a forcément de nous deux dans ces dessins...

  • Quels sont les différentes étapes de votre travail dans la création d’un album ?

Je lis d'abord plusieurs fois le texte... Dans la marge ou au dos des feuillets, je commence à croquer quelques minuscules images qui me viennent spontanément, parfois évoquées par une seule phrase. Après avoir laisser mon esprit errer quelques temps, je reprends le texte pour effectuer un premier découpage, afin d'asseoir la pagination de l'album. Je peux respecter le découpage initial de l'auteur, et ses paragraphes, mais si cela n'abîme pas le texte je pousse quelques phrases un peu plus avant ou plus après _j'y reviendrai d'ailleurs plusieurs fois, et soumettrai mon découpage final au consentement de l'auteur puis de l'éditeur... Parmi mes premiers croquis spontanés, je regarde quelles images me font toujours envie, et je les place en priorité sous forme de vignettes représentant les pages du livre (chemin de fer) sur une feuille A4 pour avoir une vue d'ensemble rapide... Je poursuis alors le crayonné, les images manquantes, j'affine les détails, je me documente, je commence parfois des recherches couleur... J'essaie d'être attentive au rythme de l'album, à l'ordre de succession des plans (éloignés, rapprochés, frontaux, etc...) Il arrive souvent que certaines pages soient plus faibles d'autres; il faudra alors y accorder d'avantage d'importance, changer totalement l'angle de vue peut-être?... Quand j'ai dégrossi l'ensemble et que je tiens la plupart de mes planches au crayonné, je les envoie à l'auteur pour recueillir son avis. Une fois le découpage et le crayonné aboutis et validés par l'éditeur, je passe à la mise en couleur. En général, je commence par la couverture. Celle-ci et 3-4 premières planches seront rendues 2 à 3 mois plus tôt car elles serviront de support aux représentants commerciaux de la maison d'édition...

  • Vous dites que « Le Jardin de Tonio » vous tient particulièrement à cœur. Avez-vous un attachement particulier aux jardins ouvriers que vous avez su représenter comme de véritables havres de paix ?

Tout ce qui semble un tant soit peu fragile me touche... Ces jardins ouvriers faits de bric et de broc, leurs gros choux éclos entre deux fils tordus et une plaque rouillée peuvent être porteurs d'une douce poésie... Au-delà du paysage qu'ils offrent ou que l'on imagine, vous remarquerez que même s'ils sont aménagés à partir de matériaux de récupération, ils sont parfaitement entretenus, parfois tirés au cordeau, et puis j'aime l'idée de ces jardins où rien ne se perd... Ces jardins ouvriers disparaissent mais dans les grandes villes ont voit réapparaître ce que l'on nomme aujourd'hui des "jardins familiaux". Cela tient à des initiatives politiques et sociales: ramener de la verdure au coeur des villes, apprendre aux enfants ce qu'est une fleur ou un légume, leur apprendre comment ça pousse, à en prendre soin... Et puis plus bêtement, avoir un jardin, cela permet de se nourrir et à l'heure où on nous bassine sur le prix des fruits et des légumes, le "bien-manger" et la crise, c'est aussi une réalité économique...

  • Le monde extérieur est presque inexistant de vos illustrations jusqu’à l’arrivée de ce diabolique supermarché. On retrouve néanmoins une affiche, près du hall d’entrée de l’immeuble, annonçant une session de slam. Je vous sais illustratrice, mais peut-être écrivez-vous aussi ?

C'est vrai, je n'ai quasiment pas représenté la cité où vivent Tonio, Frida et les enfants!... Pour être honnête, je ne ressentais pas vraiment de plaisir à l'idée de dessiner des immeubles, mais j'essayais aussi de me souvenir ce que c'était que d'habiter entouré de bâtiments pas particulièrement attrayants: ça ne donne pas toujours envie de regarder dehors, alors on met des rideaux colorés à ses fenêtres, des fleurs si on a un bout de balcon... C'est bien sûre une vision personnelle, et mes personnages se créent leurs jardins intérieurs, ils nourrissent le jardin et l'appartement de Tonio de leurs rires, de leur gaieté et de leur agitation... La vue plongeante sur le supermarché ou l'affiche sont des clins d'oeil à mon ancien quartier parisien _j'habitais Belleville, un quartier vivant avec beaucoup de gens aux fenêtres... (sourire) Et non, je n'écris pas. Pour l'instant, je me pose avec plaisir sur les mots des autres...

  • Enfin, je serais curieuse de connaître les illustrateurs qui vous inspirent particulièrement.

Depuis l'enfance, j'ai toujours eu beaucoup de plaisir devant des illustrations très détaillées, comme celles du suédois Carl Larsson ou de l'américain Winsor McCay, le créateur de Little Nemo. J'aimais aussi les illustrations de Lisbeth Zwerger, appréciant par la suite la façon dont elle mène ses plans à une certaine abstraction, tout comme Rébecca Dautremer d'ailleurs, dont j'apprécie ainsi la force des cadrages. J'aime aussi les illustrations de Tardi, Juanjo Guarnido, la fausse simplicité de Sempé, Marc Boutavant, l'onirisme des illustrations d'Elodie Nouhen... J'en oublie forcément, car les illustrateurs, entre autres, sont des "bouffeurs" d'images mais mes goûts et mes envies me poussent vers divers horizons et émerveillements: Gustav Klimt, Egon Schiele, les Nabis, Charles Rennie Mackintosh, les créations textiles Liberty, les monstres marins, les films d'Emir Kusturica et de Caro et Jeunet, les sculptures des Lalanne, de Barry Flanagan ou de Patrick Dougherty, les machines de François Delarozière...


Je tiens à remercier chaleureusement Elodie Coudray pour ses réponses passionnantes et vous conseille d'aller visiter son propre blog où vous pourrez continuer à découvrir son univers.

samedi 10 janvier 2009

Le Loup et la mésange / Muriel Bloch; ill. par Martine Bourre

Loup et la mésange

Une petite mésange au sommet d'un arbre. Un loup affamé au pied du mêmen arbre... Pas besoin d'en dire plus.

Le Loup et la mésange fait partie de ces albums que je ne me lasse pas de raconter, raconter, et raconter lors de mes animations... Non seulement l'histoire est amusante et le texte très vivant, mais cet album a également une illustration très originale. L'illustratrice, Martine Bourre, crée ses personnages et ses décors à partir d'éléments qu'elle récupère : laine, paille, pain, circuit électroniques... (la liste est particulièrement longue et variée !). Dans Le Loup et la mésange, quelques morceaux d'écorces d'arbres se transforment en un loup affamé.

détail le loup et la mésange

Dans Le Cerf, des feuilles mortes ressemblant à de la dentelle servent de chemin à l'effroyable chasseur.

détail Le grand cerf

Pour en revenir à mon album fétiche, je vous livre l'un de mes passages favoris, à lire dans un seul souffle, et qui déclenche systématiquement éclat de rire et émerveillement chez mes jeunes lecteurs :

Et la mésange se déchaîne

A coup de bec et de recette !

Ca patapoume dans le ventre du loup !

Un beau raffut, un ramd'am, un boucan,

Le loup a mal partout.

J'allais oublier de vous parler de la mise en page ! Un livre qui s'ouvre à la verticale pour mieux admirer le magnifique arbre fait de morceaux de carton et de feuilles. Dommage que le droit d'auteur m'interdise de vous en montrer plus, je vous aurez bien scanné tout le livre pour être certain que personne ne passe à côté d'une telle merveille !

Détail loup