
Je pense avoir battu mon record pour le temps passé à la rédaction d’un
billet… Par où commencer pour vous parler du dernier roman de Joyce
Carole Oates ? J’avoue être passé à côté de certaines choses à la
lecture de ce texte, ce qui rend les choses un peu plus complexe encore. Et
puis, ce roman est étrange dans sa forme. Il s’agit du récit fait par Genna
Meade, quinze ans après les faits. Elle a décidé de coucher par écrit tout ce
qui s’est passé lors de sa première année universitaire mais sans nous donner
véritablement de fil conducteur. A nous de reconstituer le
puzzle.
Genna Meade est une jeune fille de la bourgeoisie dont le
père est un brillant avocat militant pour les droites de l’homme et dont la
mère a suffisamment abusé des substances illicites pour ne plus être une
véritable mère responsable.
Lors de cette année universitaire (dans les années 1970),
Genna va partager sa chambre avec la fille d’un pasteur afro-américain,
Minette Swift. Mais les rapports entre elles ne sont pas
évidents. Genna veut à tout prix se faire aimer de sa camarade de chambre alors
que cette dernière est d’un naturel très hautain et refuse de se lier d’amitié
avec qui que ce soit.
A travers ce récit, on va assister à une véritable descente aux
Enfers de Minette. Victime de mystérieux actes racistes, elle va petit
à petit se laisser aller et s’isoler jusqu’à sa mort accidentelle.
A la lecture de ce récit, on a du mal à imaginer comment Genna a pu faire
preuve d’autant de patience et de dévouement envers Minette, cette étudiante
hautaine et désagréable. Mais si elle persévère dans cette quête, c’est parce
qu’elle se sent investie d’un devoir de protéger cette étudiante noire du
climat raciste qui règne à cette époque.
Ce qui m’a déstabilisé dans ce récit, c’est l’épilogue car
il aborde un tout autre sujet : celui de la condamnation du père
de Genna à trente ans de prison pour avoir joué un rôle dans la mort
d’un veilleur de nuit. Le lien que l’on peut trouver, c’est la culpabilité de
Genna. Dans le cas de Minette, Genna se sent responsable de sa mort, car elle
aurait sûrement pu lui éviter ce terrible accident. En ce qui concerne son
père, Genna est tout simplement à l’origine de sa dénonciation.
Vous l’aurez compris, Fille noire, fille blanche
est un roman très riche et assez complexe, ne serait-ce que dans sa forme.
C’était la première fois que je me plongeais dans un ouvrage de Joyce
Carole Oates. J’ai beaucoup aimé son écriture, son style, même si j’ai
été à plusieurs reprises décontenancée par cet aspect quelques fois décousu. Ce
roman pourrait entrer dans la catégorie des livres qu’il faudrait que je relise
pour en capter tout le sens (mais que je ne prendrai jamais le temps de
rouvrir…)
Je vous renvoie au billet d’Amanda
Meyer qui a su retranscrire de manière très claire toute l’étendue de ce
texte.
Fille noire, fille blanche / Joyce Carol Oates, traduit par Claude
Seban
Et un grand merci à Bob et son
équipe et aux éditions Philippe Rey pour m’avoir fait
découvrir cet auteur !