Midola's blog

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - littérature française

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 20 septembre 2010

Souviens-toi de la lune – Stéphane Servant

Souviens toi de la lune

Drôle d’expérience que la lecture de ce roman ado ! Nous voici plongé dans un village américain, Carrefour, perdu au fond de la campagne et où l’avenir des jeunes n’a rien de mirobolant. David, lui, se destine à travailler dans un garage alors que la mécanique ne le passionne vraiment pas. Mais à Carrefour, il est mal vu d’aimer les études et encore de rêver devenir un écrivain…

David lit donc en cachette des élèves de sa classe, en cachette de son père qui le prend pour un bon à rien dans ces moments-là. Mais la rencontre avec Lebreton, un écrivain du coin qui a connu un succès planétaire, va totalement bouleverser sa vie. Une chose étrange va petit à petit prendre possession de lui, un peu comme dans la Métamorphose de Kafka (roman souvent cité dans le livre) et l’amenant à commettre des actes plus qu’étranges…

Stéphane Servant nous offre ici un roman qui traite à la fois de la littérature et du pouvoir de l’imagination, et de l’importance de se donner les moyens de réussir dans la vie. Je dois avouer que ce roman m’a parfois un peu dérouté car l’intrigue est assez complexe par moment. On navigue entre le réel et le fantastique en se demandant jusqu'où l'auteur va nous emmener. Mais une chose est sûre, c'est que j'ai été incapable de lâcher le roman avant de l'avoir terminé ! Je pense que ce roman devrait plaire aux ados dans la mesure où il retranscrit bien cet univers à cheval entre l'enfance et le monde adulte. Les nombreuses références musicales et cinématographiques sont d'ailleurs très parlante.

Souviens-toi de la lune – Stéphane Servant aux éditions du Rouergue

samedi 18 septembre 2010

Le Cœur régulier / Olivier Adam

Coeur régulier

Et voilà, encore un coup de cœur. Remarquez, je n’ai pas pris beaucoup de risque en me plongeant dans le dernier Olivier Adam. J’avais aimé Falaises et A l’abri de rien et son dernier roman a très très bonne presse.

Le cœur régulier nous plonge dans l’univers de Sarah. On la découvre au Japon où elle tente de comprendre les raisons de la mort de son frère jumeau, Nathan, lui qui était si instable. Si on a parlé d’un tragique accident de voiture, Sarah, elle, a aussitôt pensé à un suicide. Anéantie par la mort de ce frère avec qui elle avait partagé tant de choses mais qu’elle avait un peu perdu de vue, elle abandonne son mari et ses enfants sur un coup de tête et part au Japon, là où son frère avait passé quelques semaines avant de mourir.

Mais très vite, on comprend que ce voyage à l’autre bout du monde est l’occasion pour Sarah de faire le point sur sa vie. Son mode de vie, son travail, sa famille sont-ils conformes à ses aspirations ? Celles qu’elle partageait avec son frère Nathan.

Olivier Adam parvient une fois encore à nous livrer les doutes et le mal-être d’une femme qui pourtant semble mener une vie « normale ». A travers ce roman qui se lit d’une traite, on prend conscience de l’importance de prendre du recul par rapport à tout ce qui nous entoure, l’importance de prendre du temps pour soi, du temps pour manger, pour respirer, pour s’ouvrir au monde.

Le coup de maître de l’auteur est de réussir à nous raconter une histoire – la vie de Sarah – par petites touches, au gré de ses pensées et de ses rencontres, tout en nous faisant part de ses tourments, de ses états d’âmes, souvent contradictoires, difficiles à cerner avec précisions. Olivier Adam parvient à transcrire la complexité de la vie et les moments où l’individu se sent perdu dans le monde qui l’entoure. Dans les personnages d’Olivier Adam et dans ses histoires, on retrouve forcément un peu de nous.

Un petit bémol néanmoins. L'auteur a choisi le Japon comme cadre pour son roman mais sans parvenir à nous dépayser le moins du monde. Certes, ils dorment sur des tatamis et partagent des bols de thé mais ça s'arrête à peu près là. Dommage.

Je vous livre une petite leçon de vie lorsque rien ne va plus :

(…) la première chose c’est dormir. Ensuite il faut manger, le plus simplement possible. Puis marcher, s’asseoir et se laisser envahir. Par la lumière, les bruits, les parfums, sentir sa peau et tout ce qui la touche, l’effleure, la caresse. Respirer.

mercredi 15 septembre 2010

En attendant la montée des eaux / Maryse Condé

en attendant la montée des eaux

Babakar est médecin en Guadeloupe lorsqu’il adopte de manière tout à fait illégale une petite fille dont la mère, Reinette, meure en couches. Sa mauvaise conscience et sa rencontre avec le compagnon de Reinette l’incitent à partir en Haïti à la recherche de la tante de la petite fille. Va alors commencer un long voyage pour ces trois personnages à travers Haïti et son Histoire très mouvementée.

Maryse Condé profite du voyage de Babakar pour lui faire rencontrer un certain nombre de personnages qui lui raconteront leur enfance. On apprend certes beaucoup de choses sur les difficultés des habitants à vivre dans ces pays très explosifs, mais ces récits dans le récit semblent parfois un peu plaqués et alourdissent l’intrigue principale. Peut-être l’auteur aurait-elle pu se contenter de l’histoire de Babakar, déjà représentative du malaise des habitants de ces pays très instables. D’autant plus que le voyage de Babakar en Haïti est aussi une quête d’identité. Né d’un père malien et d’une mère guadeloupéenne, il vivra tour à tout au Mali, au Québec, en Guadeloupe, en Haïti et dans d’autres pays africains, sans jamais s’attacher un pays particulier.

Malgré cela, Maryse Condé a une telle écriture, qu’on se laisse porter par ses mots. Elle parvient à nous faire vivre auprès de tous ces personnages et trembler lorsque la violence fait rage. En attendant la montée des eaux est une lecture très agréable sur un sujet que j’avoue mal connaître et qui me donne envie de me replonger dans un autre roman de Dany Laferrière !

mardi 7 septembre 2010

Le cœur des léopards / Wilfried N’Sondé

coeur des léopards

Il y a quelques semaines, je vous avais parlé déjà parlé de Wilfried N’Sondé en présentant son dernier roman Le silence des esprits que j’avais vraiment beaucoup aimé. Aujourd’hui, je reviens avec son précédent roman (qui est aussi son premier) que j’ai encore plus aimé même si le sujet est encore une fois dur, très dur.

Le roman s’ouvre sur un jeune homme noir, encore à moitié saoule et violemment interrogé par un policier hors de lui. On ne sait pas de quoi il est accusé, mais le jeune homme nie ce qu’on lui reproche. Encore sous l’effet de l’alcool, de la fatigue et de la situation, il laisse divaguer son esprit vers Mireille, cette jeune fille blanche qu’il aime profondément, vers sa vie pas toujours facile en banlieue parisienne et vers ses amis qui ont mal tourné. Et puis, d’un seul coup, la mémoire de ce qui s’est passé pendant la nuit lui revient…

Le cœur des léopards est un magnifique roman. Très noir. Très dur. Très beau. S’y mêlent un très beau discours d’amour où le jeune homme exprime tout son amour pour Mireille qu’il connaît depuis qu’il est tout petit, depuis qu’il est arrivé en France. Mais c’est aussi un discours sur la vie des jeunes de banlieues où la vie n’est pas simple, sur les coups durs, les blessures de l’immigration.

Un roman à lire, certes le cœur bien accroché, mais à lire sans hésitation, d’autant plus que l’écriture de Wilfried N’Sondé est magnifique, pleine de poésie malgré la lourdeur du sujet.

Le cœur des léopards / Wilfried N’Sondé aux éditions Actes Sud

samedi 4 septembre 2010

Ouragan / Laurent Gaudé

Ouragan

Voilà une première bonne surprise de cette rentrée littéraire ! Un roman que je n’ai pas pu lâcher avant de l’avoir terminé. Plusieurs récits parallèles nous emmènent au cœur de la tempête Katrina qui a sévi en 2005 à la Nouvelle-Orléans. Les personnages sont très différents les uns des autres : une vieille femme noire presque centenaire qui a connu l’apartheid et qui est fière de sa couleur de peau et de tout ce qu’elle a vécu au cours du siècle ; un curé qui se sent investi de drôles de missions ; une bande de prisonniers qu’on abandonne dans leurs cellules ; une femme esseulée et son enfant, un homme qui a décidé de reprendre sa vie en main. Tous ces personnages vont se croiser plus ou moins longtemps au cours de ce récit, créant un lien entre toutes ces existences. J’avais adoré ''La mort du roi Tsongor'' et Sous le soleil des Scorta et il en va de même de celui-ci. J’ai retrouvé l’écriture majestueuse de Laurent Gaudé__ qui sait si bien maintenir une tension dramatique tout au long du livre.

Il y a quelques semaines, je vous avez parlé de ''Zola Jackson'' de Gilles Leroy qui avait aussi choisi la tempête Katrina pour toile de fond de son livre. Ces deux romans sont totalement différents même si cette épreuve est l’occasion pour certains personnages de faire le point sur leur existence. Mais entre les deux, aucune hésitation à avoir ! Ouragan est un roman riche, beau et prenant !

Ouragan / Laurent Gaudé aux éditions Actes Sud

Au fait, Stéphanie aussi a aimé !

mardi 24 août 2010

Questions à mon père / Eric Forttorino

homme qui m'aimait tout bas

J’ai de la chance, avant mon départ en vacances, j’ai eu la chance de lire de très très bons romans. Le premier est celui d’Eric Fottorino. J’avais lu il y deux ans Baisers de cinéma que j’avais beaucoup aimé. Le narrateur est un adolescent élevé par son père qui refuse de lui dévoiler le nom de sa mère. Tout ce qu’il sait c’est qu’elle devait être une actrice de cinéma. Du coup, il passe son temps libre dans les salles de cinéma en essayant de reconnaître sa mère sur le grand écran. De ce roman j’avais tout aimé, cette quête de la filiation, l’ambiance des cinémas que l’auteur parvient à retranscrire avec brio et puis, l’écriture d’Eric Fottorino ! Une écriture simple et pleine de poésie où les émotions apparaissent avec beaucoup de précision.

C’est cette écriture que j’ai retrouvée à la lecture de son dernier roman Questions à mon père. Enfin, je ne suis pas certaine que l’on puisse vraiment parler de roman dans la mesure où il s’agit d’un hymne à son père biologique. Eric Fottorino a été adopté par Michel Fottorino, l’époux de sa mère et ce n’est que plus tard qu’il a fait connaissance avec son père biologique. L’année dernière l’auteur avait publié L’homme qui m’aimait tout bas, un livre dans lequel il parlait de son père adoptif qui avait mis fin à ces jours quelques mois plus tôt. Je n’avais pas réussi à lire ce roman trop autobiographique qui m’a mise mal à l’aise, me donnant l’impression d’être indiscrète.

J’avais peur de ressentir ce même malaise à la lecture de Questions à mon père mais ça n’a pas été le cas. Eric Fottorino a entrepris d’écrire ce livre lorsqu’il se rend compte qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre sur son père, sur ses origines mais que la santé de Maurice Maman se dégrade très sérieusement. Mêlant les époques, les récits et les conversations, Eric Fottorino découvre ses origines qu’il a si longtemps méconnus ; il découvre un père aimant qu’il a pourtant longtemps détesté et accusé de l’avoir abandonné. Ce livre est magnifique, plein d’émotions et de sensibilité. On y a découvre toute la souffrance qu’a pu éprouver l’auteur parce qu’on ne lui avait pas raconté l’histoire de ses parents, le rôle joué par ses grands-parents…

Eric Fottorino est un auteur que j’apprécie énormément pour son authenticité. On se laisse porter par la poésie de ses mots et la simplicité de son écriture.

mercredi 16 juin 2010

J'attraperai ta mort / Hervé Commère

j'attraperai ta mort

Voilà un roman que j’ai lu avec très peu d’objectivité. Premièrement Stéphanie l’a reçu dans sa bibliothèque. Deuxièmement, cet auteur est normand (comme moi) et vit à Rennes (comme moi)…

Mais même avec mon peu d’objectivité, je ne pense pas me tromper en vous promettant un très bon moment de lecture. L’intrigue était si prenante que je n’ai pas pu le lâcher avant de l’avoir terminé.

Paul Serinen est un perfectionniste dans l’art du vol. commençant avec une cargaison de sacs Vuitton, son ambition le pousse à viser des objets beaucoup plis rares et précieux. Et le dernier vol qu’il commet est si important qu’il aura même des répercussions sur la vie d’un jeune couple qu’il n’aura jamais rencontré mais qui aura tout simplement racheté sa maison après sa mort…

Je n’entre pas dans les détails pour ne surtout pas déflorer le suspens de ce roman. Mais je vous incite vivement à vous plonger dans l’aventure aux multiples rebondissements.

En bonus, deux lien parlant de ce roman et de l’auteur. Le billet de Sylire qui nous raconte la rencontre avec l’auteur à la médiathèque de Landivisiau et l’article de Ouest-France.

J’attraperai ta mort / Hervé Commère aux éditions Bernard Pascuito

samedi 5 juin 2010

Sébastien / Jean-Pierre Spilmont

Sébastien

Sébastien ? C’est l’histoire un enfant délaissé par des parents débordés par leur travail de commerçant et en admiration devant la petite dernière. Du coup, il finit par être placé dans un pensionnat assez loin du domicile familial mais proche de chez ses grands-parents. Le quotidien au pensionnat est particulièrement difficile puisqu’il rassemble tous les élèves rejetés des autres établissements. Par contre, les week-end et les vacances sont nettement plus agréables puisqu’il les passe chez ses grands-parents. Sébastien aime beaucoup son grand-père, la seule personne qui semble l’aimer ! Mais voilà… le grand-père de Sébastien ne semble pas blanc comme neige et ce n’est pas du goût du jeune homme…

J’ai bien aimé ce court roman à la fin surprenante. Sébastien est un enfant mal aimé mais qui accepte tant bien que mal sa situation. On éprouve de la compassion pour cet enfant rejeté et que l’on prend quasiment pour un simple d’esprit. Mais si Sébastien fait tout pour passer inaperçu, il y a une chose qu’il ne supporte pas, c’est l’injustice. Et il peut aller très loin pour défendre la victime…

Sébastien / Jean-Pierre Spilmont aux éditions La Fosse aux ours

samedi 22 mai 2010

Toute la nuit devant nous / Marcus Malte

Toute la nuit devant nous

Toute la nuit devant nous est recueil de trois nouvelles mettant en scènes des personnages un peu désespérés. La première se passe dans une colonie de vacances où de drôles de décès surviennent. La seconde met en scène quatre adolescents qui décident de se révolter contre l'irradiation progressive de la planète en percutant à vive allure un train transportant des containers d'uranium. La troisième, pour tout vous dire, je ne l'ai pas lu, le genre de la nouvelle n'étant pas du tout fait pour moi. Tout va trop vite pour que j'arrive à m'immerger dans l'histoire. Tout la nuit devant nous est très bien écrit, les profils psychologiques des personnages sont intéressants, mais je n'arrive pas à entrer dans le texte.

C'était ma première lecture de Marcus Malte dont j'ai entendu beaucoup de bien. Il faudra que je retente l'expérience avec l'un de ses romans.

vendredi 14 mai 2010

Le paquet / Philippe Claudel

paquet

Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée dans une pièce de théâtre et j’ai bien tort de ne pas le faire plus souvent. Surtout, que Le Paquet, se lit vraiment facilement puisqu’il s’agit d’un monologue. D’ailleurs, vous en avez peut-être déjà entendu parler puisqu’elle a déjà était mise en scène et joué par Gérard Jugnot au Petit Théâtre de Paris.

La quatrième de couverture présente très bien ce texte :

Un homme tire un énorme paquet auquel il semble tenir plus que tout. Que renferme-t-il donc ? Le corps de sa femme qu'il aurait assassinée ? Les seuls biens qui lui restent ? Ses souvenirs, ses rêves, ses joies ? Les débris d'une vie ? Nos lâchetés, nos abandons, nos laideurs ? Tous nos maux et nos mots impuissants ? Lorsque le monde s'effondre, la question n'est pas de savoir ce que l'on sauve, mais ce dont on ne peut se débarrasser.

A la lecture, on ne peut s’empêcher de se demander où le personnage veut en venir. D’ailleurs, une fois la dernière page tournée, est-on sûr de savoir ce qui s’est passé ? Le personnage passe par tous les sentiments, nous fait rire, nous fait douter, nous interroge sur le sens de la vie, se moque de notre quotidien. Ce texte se lit très facilement et nous captive dès les premières lignes.

mercredi 12 mai 2010

Francesca de Rimini / Jacques Tournier

Francesca de rimini

Fransceca de Rimini nous plonge au cœur du Moyen Age. Les guerres de royaumes sont nombreuses à cette époque et les seigneurs utilisent parfois leurs propres enfants pour régler ces tensions. Francesca va être victime de ces guerres. Guido Polenta, gouverneur de Ravenne, va prendre la décision de marier sa fille Francesca au fils de Malatesta qui menace d’écraser Ravenne. Mais si Francesca accepte volontiers son sort pour satisfaire la volonté de son père et sauver son territoire, on lui cache le handicap de son futur mari. Ce dernier est né avec une jambe difforme.

Francesca de Rimini est un superbe roman. On y lit les querelles des hommes imbus de pouvoirs, prêts à sacrifier leur famille par de vils calculs. Mais c’est aussi une belle et terrible historie d’amour (entre qui ? je ne vous le dirai pas !) proche de ces histoires médiévales qu’on peut trouver dans les célèbres livres de Chrétien de Troyes, largement cité dans ce roman.

J’ai beaucoup aimé ce court roman. Francesca est une femme de caractère obligée de se soumettre de gré ou de force aux hommes qui l’entourent. C’est une victime qui accepte son sort sans véritablement chercher à se rebeller contre ce qui lui arrive. Jacques Tournier, par son écriture simple et efficace, parvient à exprimer très précisément les sentiments de ces personnages, qui sont victimes à un moment ou à un autre de ces querelles de pouvoir.

vendredi 23 avril 2010

Ripeur / Jeff Sourdin

Ripeur

Voici un roman sur lequel je suis tombée par hasard et j’ai lu d’une traite, totalement happée par les réflexions de ce jeune « ripeur ». Comment ?! vous ne connaissez par le mot « ripeur »alors que nous en croisons presque tous les jours et qu’ils nous rendent un immense service ? Remarquez, moi non plus jusqu’à samedi dernier ! Les ripeurs sont tout simplement nos gentils éboueurs !

Le roman commence ainsi :

« J'ai vingt-sept ans et je cours derrière un camion-poubelle. Je cours parce que j'ai sauté sans crier gare. J'ai sauté parce qu'une des nôtres était cachée. J'ai sauté pour la centième fois de la journée. J'ai sauté par acquis de conscience, je suis un professionnel de la poubelle. Mais j'ai aussi sauté pour retrouver ma liberté. Quelques instants d'éternité. Une fuite inversée. ... J'ai vingt-sept ans et je passe mon temps à sauter d'un camion-poubelle. Ma vie est pleine de surprises finalement. »

Jeff Sourdin signe ici un premier roman plein d’authenticité et de poésie. Pendant quelques mois, nous allons partager la vie de ce jeune homme de vingt-sept ans qui essaie de réfléchir sur le sens de sa vie et de son métier. Il a débuté par de petits contrats jusqu’à ce qu’il se retrouve embauché en CDI. Il sait qu’il ne fera pas ça toute sa vie mais il semble que ce jeune homme ait besoin d’un petit coup de pouce de la vie pour le faire changer d’orientation. En attendant, les années passent, la routine s’installe jusqu’à ce que…

Ripeur est plus qu’une histoire d’éboueurs, plus qu’une histoire de destin, plus qu’une réflexion sur le sens de la vie (la réflexion qu’il mène peut marcher avec presque n’importe quel autre métier je suis sûre), Ripeur, c’est aussi un magnifique texte ! Jeff Sourdin a le sens du rythme et des sonorités. Une phrase en emmène une autre qui en emmène une autre et qui finit par nous emmener jusqu’au bout de ce petit roman.

Bref, vous l’aurez compris, j’ai adoré ! Et pour couronner le tout, cet auteur est édité par un petit éditeur rennais (donc de chez moi, enfin de ma patrie d’adoption) : La Part commune.

Ripeur / Jeff Sourdin aux éditions de La Part Commune

samedi 17 avril 2010

La solitude des nombres premiers / Paolo Giordano traduit par Nathalie Bauer

Solitude des nombres premiers

A sa sortie j’avais beaucoup entendu parler de ce roman, notamment lors de l’émission « La Grande librairie », j’ai enfin eu l’occasion de le lire et ce à mon grand plaisir ! Les maths n’étant pas mon fort, je ne vais pas me lancer dans de grands développements sur les nombres premiers mais juste vous rappeler que ce sont les nombres uniquement divisibles par 1 et par eux-même.

La solitude des nombres premiers est l’histoire de deux écorchés. On découvre leur vie tour à tour ainsi que les traumatismes qu’ils ont vécus dans leur jeunesse. La vie va les rapprocher autant que deux « nombres premiers » peuvent l’être. C’est-à-dire jamais complètement mais en comprenant l’autre, ses souffrances et les maltraitances qu’ils infligent à leur propre corps pour évacuer leur mal être.

Ce roman est très fort, on souffre en même temps que les personnages tout en espérant que la vie adoucira leur peine et leur permettra de retrouver une vie normale. On attend que leur solitude prenne fin et qu'ils s'ouvrent sur le monde. Mais Alice et Mattia s’interdisent d’être heureux ou n’osent pas accepter le bonheur qui se présente à eux, considérant qu'ils n'y ont le droit. La solitude des nombres premiers est un magnifique roman qui ne peut pas laisser indifférent. On souffre, on s'indigne, on ne comprend pas toujours pourquoi ils s'interdisent de vivre alors que des personnes aimantes les entourent. Bref, un roman qui remue, un coup de coeur !

La solitude des nombres premiers / Paolo Giordano traduit par Nathalie Bauer

Il a remporté en Italie l’équivalent du Prix Goncourt.

dimanche 4 avril 2010

Lui / Patrick Besson

Lui

Lui est l’un des romans que j’ai reçus dans le cadre du swap Irlande. Ma swappeuse, LaSardine de La Ronde des post-it, devait choisir un auteur en Pat’ et elle a vu juste puisque je voulais depuis longtemps découvrir Patrick Besson. Je me suis donc plongée dans ce roman sans savoir de quoi il retournait. Eh bien, il s’agit d’un roman peu banal puisque le personnage principal découvre petit à petit qu’il est la réincarnation de Hitler ! Et ce n’est pas tout car au fil des pages, il va retrouver toutes les personnes qu’il fréquentait dans son ancienne vie, tous prêts à recommencer ! On apprend donc beaucoup de choses sur Hitler en tant que personne (enfin, je ne sais pas si tout est véridique mais, j’avoue que je ne veux pas le savoir) et ça fait froid dans le dos !

Une lecture étrange, qui met parfois un peu mal à l’aise et qui, surtout, fait peur. L’Histoire pourrait-elle se recommencer ? Ce qui horrifie au départ le héros, lui devient petit à petit normal et prend plaisir à devenir (redevenir ?) ce monstre.

En tout cas, une belle découverte avec ce roman incisif.

vendredi 2 avril 2010

Blog / Philippe Blondel aux éditions Actes Sud

Blog Blondel

Eh bien voilà un très chouette roman ado que j’ai lu d’une traite. Un jeune lycéen se confie à nous pour nous expliquer un événement qui a marqué sa vie. Depuis près de quatre ans, il tient un blog sur lequel il raconte sa vie d’ado et ses états d’âme en pensant n’être lu que par quelques-uns uns de ses amis. Mais un jour, il découvre que son père a trouvé l’adresse de son « journal intime électronique ». Le jeune homme se trouve si blessé et trahit qu’il décide de ne plus jamais adresser la parole à son père. Le climat devient alors extrêmement difficile au sein de la maison jusqu’au jour où son père dépose devant la porte de sa chambre un vieux carton contenant des photos et le journal intime qu’il tenait pendant sa jeunesse. La lecture de ces cahiers va lui révéler un terrible secret de famille.

Ce roman traite particulièrement bien à la fois les états d’âme que peuvent connaître les ados mais aussi la difficulté des secrets de famille et les relations parents-enfants. Les adolescents ont des préjugés sur leurs parents, les parents veulent à tout prix protéger leurs enfants sans se rendre compte qu’ils ont besoin de connaître l’histoire de leur famille. Le roman est très bien écrit et Jean-Philippe Blondel a su tenir un style proche de ce que pourrait être un ado sans jamais tomber dans la caricature. Il en profite pour souligner de manière intelligente le problème d’Internet et de son absence de confidentialité.

Bref, un roman intelligent, sensible, bien écrit et très prenant.

Blog / Philippe Blondel aux éditions Actes Sud

mardi 30 mars 2010

Cour nord / Antoine Choplin

Cour Nord

Voici un roman peu banal qui lie les thèmes de l’usine, des grèves et du jazz. Pendant que le père de Léopold se bat corps et âme pour que l’usine ne ferme pas, Léopold nourrit sa passion pour la musique et pour le jazz. Tandis que son père entame une grève de la faim, il répète et se produit en concert avec ses amis du Locomotive Quartet.

A travers l’histoire de ce père et de ce fils, se profile la vie des ouvriers dans les petites villes du Nord de la France entre les personnes qui cherchent encore à se défendre et ceux qui sont résignés. Léopold assiste aux mouvements contestataires de son père mais sans s’y engager. Même lorsque l’ambulance emmène son père trop affaiblit par sa grève de la faim, il ne s’émeut pas ; il semble détaché de tout ce qui se passe dans cette usine.

Ce qui fait la force de ce roman, c’est l’écriture d’Antoine Choplin. Qu’il parle de musique ou de sentiments, il le fait toujours avec les mots justes. Tout le long de cette lecture, on est imprégné par le climat incertain qui règne dans cette petite ville du Nord.

Un très beau roman qui donne envie de retrouver très rapidement l’écriture d’Antoine Chaplin.

Cour nord / Antoine Choplin aux éditions du Rouergue

mardi 2 mars 2010

Zola Jackson / Gilles Leroy

Zola Jackson

Ce roman se passe à la Nouvelle-Orléans au moment où le terrible ouragan, le Katrina, sévit.

Zola Jackson est une femme de forte nature qui a perdu son mari et son fils. Si bien que lorsqu’on lui propose d’être évacuée au début de l’ouragan, elle refuse d’abandonner sa chienne. Zola Jackson va alors rester toute seule avec sa chienne dans sa maison inondée. Cette solitude va faire remonter de nombreux souvenirs à la mémoire de Zola, nous permettant de découvrir sa vie et sa famille.

A travers ce roman, on suit l’évolution du terrible ouragan (et dire que je le lisais pendant que la terrible tempête sévissait dimanche !) et la détresse des personnes isolées. Mais Zola Jackson est avant tout un roman sur une femme et sur une mère aimant son fils au point de ne pouvoir accepter la personne qui partage sa vie.

Vient le moment où je dois donner mon avis… Ce roman est bien écrit, le sujet très bien traité mais il ne m’a pas touché plus que ça. Dommage.

Zola Jackson / Gilles Leroy au Mercure de France

samedi 27 février 2010

La double vie d’Anna Song / Minh Tran Huy

Double vie d'Anna Song

Ca faisait un moment que je voulais lire ce roman, on en avait pas mal entendu parler à sa sortie il y a quelques mois car il s’inspire d’un fait réel. En 2007, un scandale avait éclaté dans le monde de la musique lorsque la musicienne Joyce Hatto a été accusée d’avoir utilisé les enregistrements d’autres musiciens pour créer ses propres disques.

La double vie d’Anna Song alterne d’une part entre des extraits de journaux révélant « l’affaire Anna Song » au fur et à mesure que l’on découvre que les disques d’Anna Song ne sont pas ses propres enregistrements mais des versions piratées de grands musiciens. Et d’autre part, avec le récit fait par Paul Desroches de sa rencontre avec Anna lorsqu’ils étaient enfants et qu’il épousera quelques années plus tard.

Mais ce roman n’est pas seulement l’histoire de cette supercherie, c’est surtout une histoire d’amour. Paul Desroches est tombé fou amoureux d’Anna dès le premier jour où il a fait sa connaissance lorsqu’ils n’avaient qu’une dizaine d’années.

Enfin, à travers ce roman, Minh Tran Huy nous fait voyager au Viêtnam, son pays d'origine et celui d'Anna Song.

La double vie d'Anna Song était donc un très joli roman d’amour et de musique à lire sans modération.

La double vie d’Anna Song / Minh Tran Huy aux éditions Actes Sud

dimanche 21 février 2010

Lily et Braine / Christian Gailly

Lily et Braine

Ne sachant pas tellement résister aux romans des éditions de Minuit et encore moins lorsqu’il s’agit de Christian Gailly, je me suis plongé dans son dernier roman : Lily et Braine. Comme le disait Stéphanie dans un de ses derniers billets, ce roman est déroutant car il laisse le lecteur avec de nombreuses questions.

Lily et Braine est l’histoire de Braine, un homme revenu chez lui après deux ans d’absence passés dans l’armée et où il a été très gravement blessé. Il doit alors réapprendre à vivre avec sa femme, Lily, son fils, Louis et la chienne, Lucie. Mais un jour, une femme contact Braine pour lui proposer de remonter son ancien groupe de jazz et de jouer dans la boîte de nuit qu’elle compte ouvrir en ville. La vie de Braine va alors être chambouler pour « le meilleur et pour le pire » (citation empruntée à notre chère Stéphanie ;-)

Ce roman est remarquablement bien écrit, le rythme des phrases parvient à épouser le fil des pensées des personnages, leurs doutes, leurs énervements, leurs incompréhensions.

Mais ce roman n’explique pas tout ce qui se passe. Le lecteur prend en cours de route l’histoire de ses personnages sans expliquer véritablement ce qui a poussé Braine à s’engager dans l’armée et ce qui lui est arrivé là-bas ni pourquoi il avait abandonné la musique alors qu’il semblait particulièrement doué.

Ce qui m’a la plus dérouté c’est la place du chien. On lui a donné un véritable prénom et on la considère comme une enfant, comme la sœur de Louis. On ne peut même pas dire qu’il comble une envie d’un deuxième enfant puisque Lily est enceinte…

Dans l’ensemble j’ai aimé ce roman même si je suis un peu restée sur ma faim. Je voulais savoir comment tout cela allait se terminer, si Braine allait s’en sortir, j’espérais aussi comprendre son histoire. Et puis, je me suis laissée bercer par l’écriture atypique de Christian Gailly. Cet auteur n'a pas son pareil pour parler de musique et de jazz en particulier. Je vous renvoie à son roman Un soir au club. Une belle expérience !

Lily et Braine / Christian Gailly aux éditions de Minuit

samedi 6 février 2010

Les Ames sœurs / Valérie Zénatti

Ames soeurs

Je connaissais déjà Valérie Zénatti en tant qu’excellent auteur de romans pour la jeunesse (Une bouteille dans la mer de Gaza et Quand j’étais soldate). Cette fois-ci, c’est l’auteur adulte que j’ai découvert. Et là encore, j’ai vraiment été séduite !

Tout commence de manière très simple ; une femme, mère de trois enfants et employée d’une entreprise où elle ne se sent pas bien, décide de s’offrir un peu de temps pour elle. Du temps rien que pour elle, du temps pour terminer le roman qu’elle vient d’acheter. L’histoire de ce dernier aussi semble simple : l’histoire d’amour entre une jeune photographe et un jeune homme. Mais au fil des pages, on en apprend plus sur la vie de ces deux femmes. On découvre les épreuves qu’elles ont traversées dans la vie et comment elles les ont dépassées. Ce roman est une belle réflexion sur la vie de femme, sur les lourdes responsabilités d’être mère de famille.

Ce roman m’a beaucoup touché et je pense que beaucoup de mères de famille s’y retrouveront. L’écriture de Valérie Zénatti est comme toujours efficace, belle et précise. J’ai particulièrement aimé les passages où elle parle de la photographie. Je vous en offre du coup un extrait en espérant que l’auteur me pardonnera la longueur de cette citation :

« Une vie se construit pas à pas, jour après jour, mais un portrait, c’est tout le contraire. Lorsque j’appuie sur le déclencheur de mon appareil, je raconte une histoire en commençant par la fin ; je saisis l’instant ultime, j’immobilise une microseconde du présent et ensuite seulement, en découvrant ce que je saisis, je peux deviner ce que racontent les traces fixées sur le papier et tenter de remonter le cours d’une vie. »

Les Ames sœurs / Valérie Zénatti aux éditions de L’Olivier

- page 2 de 4 -